Hier les CRS ont donc délogé manu militari les étudiants grévistes et bloqueurs de Nanterre. L'intervention violente de gendarmes et de policiers est tout sauf étonnante. Si ordinairement les forces de l'ordre évitent le frontal c'est parce que les mouvements étudiants font preuve d'une grande unité, au moins de façade.
Quand j'étais à la fac (il y a un siècle) les anti-blocages étaient considérés comme d'infames socio-traites manipulés par les syndicats réactionnaires comme l'UNI. La plupart des AG étaient déjà dirigées par des néo-hippies barbus qui partageaient tous un invraisemblable goût vestimentaire et une mythologie contestataire post-soixante-huitarde. Mais enfin, retourner en cours ou tenter de contrer le blocage était vraiment trop de droite.
Au fil des années, les antiblocages et plus généralement les "contre-manifestants" sont devenus plus nombreux : même la lutte anti-CPE connut ses pro-gouvernement certes minoritaires vu le rejet massif de ce contrat. A Nanterre, les anti-blocages scandaient des "allez les Bleus" pour encourager les CRS, chose impensable il y a dix ans.
Désormais les votes en AG où se décide le choix des blocages sont contestés ouvertement. ll est vrai que ces consultations n'ont jamais été représentatives de quoi que ce soit, la majorité des étudiants ne vote pas plus lors de ces assemblées chiantes comme la pluie qu'ils ne se déplacent aux urnes lors des élections syndicales.
C'est donc tout à fait légitimement que bloqueurs comme antibloqueurs contestent, selon qu'il les arrange ou non, la légitimité d'un vote sur la poursuite ou l'arrêt des blocages d'universités. Ces votes servent en renvanche aux forces de police pour évaluer à la louche les risques de dérapage et les soutiens potentiels des étudiants mollestés. Les étudiants ne sont pas de vulgaires sans-papiers ou des cailleras de banlieue, ce sont les enfants de la France comme on l'a entendu dans un récent documentaire de David Dufresne.
Par extension, on peut penser que les familles des antiblocages soutiendront leurs progénitures si bien que s'il n'est pas plus démocratique qu'un sondage, le vote en AG a désormais cette vertu : il permet de se faire un état même approximatif de l'opinion et de déterminer l'usage des matraques en fonction des résultats. L'assemblée générale transformée en auxiliaire de police voilà qui ne manque pas d'une jolie ironie.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida