En bon chef d'entreprise, Nicolas Sarkozy laisse ses cadres intermédiaires se prendre de plein fouet la grogne montante des salariés du public.On n'a jamais autant entendu François Fillon que ces dernières 24 heures. En gros le Premier ministre prévient qu'il ne cèdera pas au chantage de la rue (j'en connais un qui part en pleine raffarinade moi...). Fillon offre son corps aux rebelles et centre sur lui les flèches de la contestation. Sarko lui, viendra empocher les dividendes de la paix dans quelques jours.
D'ici la fin de la semaine, il interviendra probablement en annonçant des mesures qui lui garantiront la victoire sur la bataille des principes mais à un coût probablement plus important que les économies nouvelles.Et encore est-ce le scénario rêvé. Car en réalité l'uberprésident a intérêt à se bouger les fesses. La CGT n'est pas totalement tombée dans le piège de la radicalisation et du blocage dans un conflit casse-gueule où l'opinion est contre elle. (A ce propos ce qu'on retiendra peut-être de ce conflit c'est l'évolution du syndicat de Bernard Thibaut vers une pratique réformiste et une certaine modernisation, encore balbutiante, des stratégies.)
Si le conflit s'éternise, la question globale du pouvoir d'achat va souder les différents corps sociaux qui manifestent aujourd'hui.N'en déplaise à certains, cheminots et profs ont surtout en commun d'être mal payés et si les syndicats arrivent vraiment à imposer ce sujet le gouvernement est mal. Surtout que le secteur privé - que des syndicats comme la CGT doivent reconquérir - sera très sensible à la problématique de la "feuille de paie".
C'est un peu le problème des conflits sociaux en général, il démarre sans grande popularité mais finissent, les jours passant, par agréger tous les mécontents. Regardez, encore quelques jours et même François Hollande passera pour un homme plein d'audace et d'idées nouvelles : il parle d'une nécessaire conférence sur les salaires, de propositions sur le logement qu'il mettra en avant dans le cadre des prochaines municipales.
"On peut perdre les municipales sur le pouvoir d'achat" a déjà annoncé Sarkozy à ses lieutenants. Du coup, on phosphore en haut lieu sur la possibilité pour les entreprises d'instaurer un 13ème mois sans charges et d'étendre encore le champ de la défiscalisation des heures supplémentaires... Questions : si on continue à ce rythme, qui paiera les charges sociales indispensables au financement de la protection ?Dans un pays toujours en campagne, où chaque scrutin corrige le précédent, combien de concessions financières fera t-on encore au sommet de l'Etat pour sauver des apparences toujours plus coûteuses ? Pourquoi plus personne ne parle du réalisme économique avec lequel on nous bassine en permanence ?
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida
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