Le floutage pas très net des otages

13/04/2010 - 13h45
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Le floutage pas très net des otages
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De Almeida Daniel
Daniel De Almeida
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«Les visages de nos deux confrères qui apparaissent sur cette vidéo seront floutés afin de respecter leur dignité mais leur anonymat qui avait été jusque là strictement respecté sera levé à la demande des familles.»

Voilà ce qu'on pouvait lire dans un communiqué envoyé hier aux rédactions par France 3. Arrêt sur Images juge cette décision incompréhensible. On peut même la trouver totalement contre-productive : en quoi rendre un visage quasiment invisible assure-t-il un surcroit de dignité ? Ne serait-ce pas plutôt l'inverse ?A fortiori quand dans le même temps on respecte le souhait des familles de lever l'anonymat.

 

Montrer c'est faire exister

 

Si les familles deux otages ont voulu qu'on mette des noms sur leurs proches, c'est parce qu'elles savent que nommer c'est faire exister. Faire exister enfin Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière qui après plus de 3 mois de détention n'étaient toujours qu'une périphrase "les- deux-journalistes-de-France 3-retenus en Afghanistan". Avant cela, ils faisaient partie de la cohorte des damnés de la terre qui font l'ordinaire de l'information : les morts des attentats à la voiture piégée, les disparus sous les décombres de la dernière catastrophe naturelle, toutes les victimes qu'on ne recense qu'en chiffres partout ailleurs, dans un no man's land qui n'existe que sur nos écrans.

 

Nommer Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière c'était leur donner existence. La mobilisation de l'opinion autour de la captivité des journalistes passe toujours par une identification forte : Florence Aubenas était bien plus que  la-journaliste-de-Libération-retenue-en-otage-en Irak. Qu'on compare les soutiens qu'elle a obtenus avec la faible mobilisation autour des « deux-journalistes- retenus- en-Afghanistan ». Le visage d'Aubenas était partout, ceux de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière ne sont visibles nulle part; or nous voulons les voir parce que nous voulons les reconnaître.

 

Nommés, les otages ne font certes plus partie de la cohorte des invisibles. Mais flouter leur visage les ramène au rang d'autres archétypes télévisuels qu'on connaît bien : le visage flouté du fonctionnaire corrompu ou du pédophile piégé. Ceux qui sont floutés à l'écran sont généralement marqués du sceau de la honte.

 

C'est pourquoi flouter leur visage revient à appuyer le discours de l'Exécutif qui a fait des deux otages, des coupables. Coupables d'avoir pris des risques inconsidérés, d'avoir joué avec le feu, et quelque part mérité ce qui leur arrive.C'est pourquoi flouter leurs visages c'est ajouter à leur malheur.

 

 

 

Par Daniel De Almeida

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