La révélation de scandales sert-elle à quelque chose ?

14/03/2007 - 14h51
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La révélation de scandales sert-elle à quelque chose ?
L'auteur
De Almeida Daniel
Daniel De Almeida

Il y a quinze jours un de nos lecteurs s'émouvait en commentaire de la couverture médiatique du patrimoine de Nicolas Sarkozy. "On en a rien à faire que Sarko a fait une bonne affaire et s'il en avait fait une mauvaise on l'écrirait?" . D'autres, comme Benoit, ont estimé qu'un tel débat - qui alimentait le discours "tous pourris" si j'ai bien compris son intervention - n'avait pas d'utilité publique en pleine campagne. A mon avis, les deux ont tort : d'abord le rabais obtenu par Nicolas Sarkozy n'était évidemment pas gratuit, figurez-vous que les entrepreneurs qui convoitent des marchés publics sont

souvent

parfois d'une gentillesse excessive avec les édiles concernés. Le Canard Enchaîné explique cette semaine que le promoteur Lasserre a acheté en deux fois au milieu des années 90 des terrains sur l'île de la Jatte où sera construit plus tard l'appartement du couple Sarkozy. S'il paie le prix du marché au départ, l'entrepreneur bénéficie d'un rabais de 20 % pour la deuxième tranche deux ans plus tard. Cette ristourne ne se justifie pas au regard du marché immobilier contrairement à ce qu'affirme Nicolas Sarkozy dans un courrier en forme de démenti. Lasserre aurait économisé 775 000 €, somme dont devront de passer les finances de la mairie de Neuilly et donc ses contribuables. Il est tout à fait intéressant que le débat public s'empare des questions d'attribution des marchés ou des bizarreries comptables des candidats - qu'une candidate socialiste comme Ségolène Royal essaie de réduire autant sa facture d'ISF est également un rien troublant, non ?

Ce qui l'est encore plus c'est que l'ensemble de la profession ( à quelques notables exceptions près c'est vrai) se contente peu ou prou des dénégations des uns ou des autres sans trop rentrer dans le détail. ( Pour ne rien dire de la circonspection du parquet, notamment celui de Nanterre...) Il y même ceux ou plus exactement celles (laurence ferrari,arlette chabot) qui ne préfèrent ne pas en parler avec leurs invités comme s'il s'agissait d'une faute de goût. La question n'est pas de savoir si c'est polémique, si cela sert ou dessert - ni vous ni moi ne sommes chargés de communication des candidats - mais si c'est vrai ou faux. Les arguments et les pièces publiés par Le Canard sont quand même source d'interrogations. Mais comme le dit Paul Moreira dans son excellent (j'y reviens incessamment) "Les nouvelles censures", aujourd'hui l'essentiel n'est pas de tenir des informations gênantes sous le boisseau mais de gérer leur impact potentiel dans l'espace public. La moindre vélléité de censure sera immédiatement suivie d'une réaction en chaîne d'indignations et totalement contre-productive. A l'inverse, noyer le poisson en parlant en cas de scandale, de coup tordu partisan, semer le doute sur l'indépendance de l'auteur - tenter d'imposer l'adjectif "controversé" dans le discours sur telle ou telle révélation - est bien plus profitable. Si l'info est frappée du sceau du doute et si vous réduisez le nombre de relais, une révélation tombe comme un pavé dans la mare : quelques secondes plus tard il n'y parait plus rien, le calme règne à nouveau.

Par Daniel De Almeida

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