On aime ici vous donner à l'occasion des nouvelles de Jean-Pierre Raffarin. Cette fois JP commet un livre, La dernière marche, qui a pour but de bien confirmer son allégeance à Nicolas Sarkozy et accessoirement obtenir la tête de l'UMP (ou le Sénat me glisse-t-on dans l'oreillette) après l'élection. Ben oui Jean-Pierre va quand même pas devenir premier ministre de Sarkozy, "on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve", croit-il bon de préciser. Surtout quand on a failli s'y noyer pourrait-il ajouter. Non, aujourd'hui c'est Jean-Pierre Raffarin le rassembleur qui prend la plume. " Je sais allier les contraires, pacifier les conflits et fédérer les enthousiasmes. Je suis un casque bleu de l'union de la majorité, un acteur du cessez-le-feu entre belligérants d'une ridicule guerre fratricide, qui toujours reprend comme un feu mal éteint. Mon idéal de soldat ?La paix retrouvée." On voit bien qu'au fond c'est la dernière marche pour lui comme pour son poulain.
Bien sur, l'amitié des deux hommes ne coule pas de source, il fallut la conquérir de haute lutte : il y eut bien les années rock'n'roll et politique (c'est lui qui le dit) où Jean-Pierre et Nicolas chantaient "la ballade des gens heureux" mais c'est un peu léger face aux divergences de points de vue : en 1974 JP soutient Valery Giscard d'Estaing, Sarkozy est pour Jacques Chaban-Delmas, en 1981 Nicolas choisit Jacques Chirac, Jean-Pierre ne varie pas. "Ensuite, tu te rapproches de Madelin, en 1989, pour les européennes, où je vais vers Juppé sur les recommandations de Giscard. Puis, pour 1995, tu choisis Balladur et moi, Chirac. Il y aura aussi ces municipales à Paris où tu militais pour Séguin quand je croyais aux chances de Panafieu. En 2002, enfin,alors que tu espères Matignon, c'est moi qui suis choisi."En poète de la langue qu'il est, Jean-Pierre Raffarin pratique l'oxymore and more et décrit cette exacte symétrie comme "une proximité-opposition". Joli euphémisme en effet, pour définir le mépris dans lequel le tient Sarkozy, qui fustigera sa politique de boutiquier
au sein du gouvernement [people=alain juppé_restrictif]Juppé[/people_restrictif]. Plus tard encore : "il ne suffit pas d'être un marchand de cravates pour être un bon orateur". Finalement, Jean-Pierre prend Nicolas pour gérer l'Intérieur, "les débuts sont idylliques" note-t-il. Ca ne durera pas. Le gouvernement Raffarin se perd dans les méandres de l'impopularité, Sarkozy quitte le navire en novembre 2004 pour démarrer une bataille autrement décisive et solitaire : celle qui le mènera à la candidature. Mais Jean-Pierre garde un oeil sur lui, il le voit préférer les Perrier agrémentés de tonnes de pistaches au Cognac -tonic, exceller en footing (autant que Villepin c'est important de le préciser). Et en ami il lui profère quelques conseils, sur le mode sibyllin des maitres à penser exigeants : "On conquiert l'investiture par l'offre, celle de l'image notamment. On gagne l'élection par la demande, ce sont les questions qui choisissent la meilleure réponse." Et dire que la compréhension de cette si ardue métaphore offre le sésame de l'Elysée....
Premier chapitre à lire ici.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida