L'ultime révérence de Rafiq

18/02/2005 - 01h36
L'ultime révérence de Rafiq

Quand je servais en tant que coopérant à Beyrouth - c'était la seconde moitié des années 1990 - Rafiq Hariri était Premier ministre du Liban. Cinq ou six ans après la fin de la guerre qui avait ensanglanté ce pays durant plus d'une décennie et demie, il avait pris en charge la reconstruction de façon si personnelle, qu'il incarnait à lui seul la confusion entre les affaires publiques et privées. Dans ce pays où politique et confessionnalisme avaient toujours été mêlés, où le tropisme démocratique occidental s'était toujours imbriqué à une structuration clanique de la société, il était surtout perçu par la population libanaise comme l'homme de la philanthropie intéressée, l'homme de la corruption généralisée, l'homme qui actualisait au plus haut point le lien supposé entre politique et impureté.Son assassinat lundi l'a étrangement propulsé au rang de "martyr", terme il est vrai si galvaudé dans le monde arabe désormais. L'histoire s'étonnera peut-être un jour de l'abyssal manque d'horizon politique dans lequel un peuple a été maintenu pendant plus de trente ans, et qui l'a mené à enterrer en héros un personnage ambigü et jadis détesté.

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