
- Appel à témoignages :
.Leur problème ? Une maladie rare connue sous le nom de « syndrome de l'excitation continue » ou PSAS pour « Persistent Sexual Arousal Syndrome ». Par un étonnant sort de la nature, ces filles vivent en continu dans un état pré orgasmique, qui peut les conduire à jouir plusieurs centaines de fois par jour sans aucune caresse ni relation sexuelle. Une secousse en voiture ou en train ? Elles jouissent. Un portable qui vibre dans la poche ? Elles décollent... Une séance d'essayage dans une boutique ? Elles ne ressortent plus du vestiaire. Au Japon, la star nationale du manga Akira Narita, considéré comme un dieu vivant pour ses 1000 conquêtes sexuelles, s'est récemment exprimé sur cette maladie, encore taboue pour le grand public : « J'ai connu une quinzaine de filles qui jouissaient toutes seules parce que je les regardais dans les yeux. Parfois, le simple fait de leur prendre les mains pouvait les faire partir à la renverse. » On peine à y croire, tant le phénomène semble incompréhensible. Surtout dans une époque où l'anorgasmie fait la fortune des sexologues et des thérapeutes.Et pourtant, le syndrome de l'excitation continue n'a rien d'une aubaine, c'est une maladie. En cause, une excitation permanente et excessive des parties génitales provoqué par la prise (ou l'arrêt) de certains anti-dépresseurs ou un dérèglement du système nerveux. On sait très peu de choses sur l'orgasme permanent, mais les rares médecins (deux aux USA, un en hollande) qui soignent les victimes du PSAS désignent les calmants de la classe des inhibiteurs de la recapture de sérotonine comme de possibles facteurs d'hyper sensibilité du clitoris et du vagin. Le Trazodone, un anti-dépresseur connu pour provoquer certains effets indésirables de priapisme chez les hommes, est ainsi régulièrement évoqué. Dans certains cas, une malformation artério veineuse peut également être à l'origine d'un afflux sanguin anormal et discontinu vers les parties génitales. Mais le pire, c'est que tout ça n'a rien de sexuel... C'est une excitation totalement dénuée de sentiment ou de désir, que l'on parvient à peine à calmer avec l'orgasme, et qui peut durer pendant des semaines, voire des mois. Parfois, la jouissance ne calme même plus l'excitation mais au contraire la prolonge. On n'est pas dans l'hyper sexualité ou la nymphomanie, mais dans un plaisir solitaire ininterrompu qui ressemble plus à de la douleur. Et rend toute vie sociale - on s'en doute - assez difficile.Certaines filles sont totalement au bout du rouleau, incapables de se concentrer, d'avoir une relation amoureuse (vous avez déjà essayé de coucher avec une fille qui jouit treize fois à la minute ?) et de conserver un boulot. Pire encore : lorsqu'elles tentent de parler de leur problème, personne ne les croit ou tout le monde se fout de leur gueule. La plupart des gynécologues leur rient au nez ou les félicitent comme si c'étaient des athlètes de la jouissance. Du coup, elles la ferment et planent en silence - histoire de ne pas trop se faire remarquer. Aux Etats-Unis, le sexologue Sandra Leiblum, qui a été la première à mettre un nom sur cette maladie en 2001, participe à un groupe de soutien médical qui réunit dans le plus grand secret par Internet une centaines d'Américaines. En Hollande, le neuro psychiatre Marcel Waldinger, le seul médecin Européen qui poursuit des recherches sur le PSAS, reçoit des patientes du monde entier dans son Hopital de la Haye. Tous deux parlent « d'épidémie silencieuse » : une maladie qui n'est pas une parce qu'elle n'est pas socialement acceptable, dans une époque qui valorise le plaisir comme un trophée.Comment soigner un problème de santé s'il n'existe pas et que les médias n'en parlent jamais ? Et qui en plus fait marrer tout le monde... En France, on estime que l'énorme majorité des médecins ignorent tout du syndrome de l'excitation continue. Ce qui, bien évidemment, n'en facilite pas le traitement et incite encore moins les malades à consulter. Imaginons la scène : « Bonjour Docteur, je viens vous voir parce que je n'arrête pas de prendre mon pied... » La seule réponse médicale à un problème qui n'intéresse personne pourrait, comme souvent, venir du marché. A Londres, le Dr David Goldmeier de l'Hôpital St Mary, a récemment lancé un appel à donations pour développer la recherche sur le PSAS. Identifier les causes et les traitements du syndrome de l'excitation continue pourrait en effet permettre une meilleure compréhension de la sexualité féminine. Et donc fournir a contrario des solutions pour favoriser l'orgasme chez celles qui ne jouissent pas comme elles voudraient. Et là, tout d'un coup, ça intéresse tout le monde.
Par Olivier Malnuit