Les tractations autour de la libération de l'équipe médicale bulgare n'en finissent plus d'occuper le terrain médiatique.Il faut dire que l'Exécutif patine sérieusement dans la communication. Après que le président a dit qu'il n'y avait aucun accord d'armement ou de compensation financière, on apprend par le fils Kadhafi que 452 millions d'euros sont versés par l'Union européenne, et que le Qatar sert de banquier pour quelques mois si l'on en croit Le canard enchaîné.
Le Quai d'Orsay dément le lendemain. l'Elysée via son porte-parole David Martinon explique ensuite qu'il y a surement eu des négociations commerciales entre des industriels français et Tripoli mais qu'il ne lui appartient pas de les commenter. Il précise juste que rien n'a été signé lors de la visite de Nicolas Sarkozy. Deuxième étape ce matin : pour ne pas focaliser l'attention autour du chef de l'Etat, on envoie au feu Hervé Morin, ministre de la Défense, expliquer qu'il y a des projets de vente d'armes depuis longtemps et qu'une commission interministérielle en avait d'ailleurs accepté le principe en février dernier ( = sous l'ANCIEN gouvernement).
Côté com, l'affaire est compliquée : soit on protège le président en insistant sur l'histoire d'un long processus de négociation mais alors le cirque du couple Sarkozy de ces derniers jours apparaît de plus en plus comme une vaste fumisterie. Soit on continue de centraliser toute l'affaire sur Sarkozy mais alors il faut endosser toute l'affaire à coups de valises de billets, d'armes lourdes, de contrats nucléaires et tout ce qui fait la cuisine dégueulasse de la diplomatie.
Le pire étant que l'Elysée risque de cumuler les deux: plus l'affaire sera détaillée et plus on s'apercevra que la volonté de l'hyperprésident ne pèse pas ailleurs que dans les images de journaux télévisés et qu'il y a bien eu de lourdes négociations depuis longtemps, ces dernières étaient d'ailleurs très bien dans l'ombre diplomatique habituelle jusqu'à ce qu'un président mégalomane accélère à son profit un processus peu reluisant et dont les enchères sont encore montées dans la précipitation des derniers jours. Il n'y a plus que des coups à prendre dans cette galère lybienne. Surtout que tout a commencé par une prise d'otage en somme...
Le parti socialiste l'a bien compris et ne désespère pas de capitaliser beaucoup sur ce gros raté, et de prolonger jusqu'à la rentrée la polémique. Le groupe socialiste et radical de l'Assemblée, peu convaincu (pour le coup on les comprend) par les explications deBernard Kouchner a demandé la création d'une commission parlementaire et l'audition de tous les acteurs du dossier : Claude Guéant, Cecilia Sarkozy, Hervé Morin et... Bernard Kouchner de nouveau. Sous l'ancienne législature, le ministre de la Défense était...Michèle Alliot-Marie, membre également de ce gouvernement. Ca commence à faire du monde.
Toute fois l'Elysée a deux atouts majeurs : pendant les quinze prochains jours, les Français se demanderont simplement quel temps il peut bien faire en Lybie en regardant les infos (s'ils les regardent et surtout si les journalistes n'en ont pas marre). En laissant filtrer intelligemment quelques photos ou bribes d'infos sur leur vacances dans le New-Hampshire, les Sarkozy devraient s'en sortir. Deuxième atout : à moins de l'éventualité d'une intervention armée ou d'un risque terroriste, les citoyens se foutent totalement de l'actualité internationale.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida