L'addiction aux jeux vidéo Un mal réel et fantasmé

03/02/2012 - 16h56
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Toujours plus beaux, toujours plus à la pointe de la technologie, les jeux vidéo sont parfois pointés du doigt pour leur influence sur la jeunesse qui passe de plus en plus de temps à y jouer. Face à l'augmentation des comportements abusifs de certains joueurs, des centres médicaux accueillent maintenant des jeunes patients en détresse mais est-il raisonnable de parler d'addiction ?
L'auteur
Benjamin Pruniaux
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    Que ce soit la drogue, l'alcool, le sexe ou les jeux d'argent, l'addiction se présente avec les mêmes symptômes et s'installe surtout chez des personnes présentant en amont des difficultés. Pour les jeux vidéo, la problématique est la même. Si les cas recensés sont encore très rares en France, le nombre d'antennes médicales traitant ce nouveau mal augmente et le phénomène ne prête plus à sourire même si l'on manque encore de repères. La réflexion est devenue mondiale même si des pays comme la Corée du Sud rejettent encore l'idée dans une culture où les jeux sur consoles et PC sont perçus comme un sport et bénéficient de retransmissions télévisées en direct. Cette maladie ne dispose d'ailleurs pas encore de véritable consensus autour d'elle et pour certains professionnels de la santé, il est trop tôt pour parler d'addiction : "trouver un consensus n'est pas forcément bon. Les idées arrêtées ne sont jamais satisfaisantes. L'addiction au jeu vidéo n'est pas un faux problème mais il a été beaucoup monté en épingle par les médias", tranche le Professeur Michel Lejoyeux, psychiatre chef aux hôpitaux Bichat et Maison-Blanche à Paris.

     

     

     

    Addiction ou passion ?

     

    Lorsque l'on s'éloigne des produits comme la cigarette ou la drogue pour aller vers des comportements, parle-t-on alors de passion ou d'addiction ? "Il faut être très prudent", estime Michel Lejoyeux. "Il est dangereux de parler d'addiction qui tendrait vers une radicalisation de la passion ou du désir. Le sexe en est un parfait exemple. Où est la frontière ? L'autre risque réside à être, à l'inverse, dans le déni de comportements dangereux pour le joueur excessif. Il faut gérer au cas par cas, c'est pour cela que je préfère le terme d'emprise".

     

    De fait, statistiquement, le phénomène est très loin d'être le nouveau fléau du XXIe siècle et "la plupart des gens en sortent par eux-même à l'instar des gens accrocs aux drogues d'ailleurs", rappelle Marc Valleur, lui aussi psychiatre et médecin chef de l'hôpital Marmottan à Paris, spécialisé dans les addictions. Tout cela ne permet pas d'avoir une réelle vue d'ensemble du problème mais on émet alors l'idée d'un "chiffre noir" de l'addiction aux jeux vidéo, impossible à connaître et dont les conséquences sont difficilement estimables, entre "des années scolaires ratées, des examens loupés ou encore des licenciements. Ce sont des chiffres qui pèsent beaucoup sur la société mais dont on ne peut mesurer la portée réelle", souligne Marc Valleur.

     

    Le centre médical Marmottan, dans le 8e arrondissement, est l'un des tous premiers à avoir pris au sérieux les abus des "gamers". Le médecin ne joue pas la carte du catastrophisme : "Ce phénomène n'est pas un raz de marée mais c'est aussi une porte d'entrée sur des questions de sociétés, sur des pratiques nouvelles, comme Internet ou les téléphones portables". C'est avec la démocratisation d'Internet et des jeux en réseau qu'aurait sonné le départ d'un possible abus comportemental.

     

     

     

    "Ils ne s'amusent plus mais continuent la routine"

     

    Selon les spécialistes, tous les jeux vidéo ne comporteraient pas un caractère addictif. Il s'agirait surtout des jeux dits "MMORPG" que l'on peut traduire par "jeu de rôle en ligne massivement multi-joueurs" et qui créent non seulement un monde virtuel très complet mais aussi un monde persistant qui tourne aussi lorsque vous n'êtes pas en train de jouer. Un paradigme qui ferait alors beaucoup pour la sur-utilisation de ces jeux donnant au joueur le sentiment de manquer des moments de vie importants lorsqu'ils sont déconnectés. Le plus célèbre titre de MMORPG est sans conteste World of Warcraft et son univers fantastico-médiévale. "Le jeu est une communauté à part entière. Les joueurs forment des guildes et s'y investissent comme dans un travail avec des tâches à effectuer et là, pour certains, on est à plus de 35h de jeu hebdomadaire. Et ces joueurs, même s'ils ne s'amusent plus, continuent telle une routine", témoigne Marc Valleur.

     

    Ainsi, le joueur pathologique trouverait dans ce genre de jeu un refuge virtuel à une vie réelle plus difficile à vivre. A Marmottan, les patients se présentent d'eux-mêmes ou avec le soutien de proches. Ces personnes viennent pour se faire aider car elles ne parviennent pas à arrêter seules. Pour les soins, pas de pratique médicamenteuse mais de la psychothérapie par la parole. "Les symptômes sont l'isolement, les malades vont perdent petit à petit leurs amis, leur copine, leur travail et vont se couper du monde. Il est difficile après de faire machine arrière et de renouer des contacts, c'est de plus en plus dur avec le temps et du coup le joueur entre dans l'investissement massif".

     

    Ce tourbillon, Lionel, 28 ans, l'a vécu il y a trois ans : "J'ai eu une période assez difficile ou en une année, à cause de WoW, j'ai perdu ma copine, je me suis isolé de mes amis et j'ai eu des problèmes au boulot avec mon supérieur car il était joueur comme moi et nous appartenions à la même guilde. Je n'avais pas fait ce que je devais faire dans le jeu à un moment donné et il y a eu des répercussions dans nos relations de travail. Pour arrêter, je n'ai pas consulté mais j'ai dû stopper mon abonnement au jeu". Car il ne faut pas dramatiser la puissance de cette addiction, relativement facile à traiter selon les médecins, contrairement à celles où il y a absorption de substances. "Il ne faut surtout pas croire qu'elle peut toucher n'importe qui", assure Marc Valleur. "Ce sont avant tout des personnes en difficultés dans leur vie qui trouvent un refuge dans les jeux vidéo et s'y enferment. Et comme pour la drogue, au début ça fait du bien et puis petit à petit c'est tout le contraire". Ainsi, une pratique excessive des jeux vidéo est plus le symptôme d'un mal sous jacent qu'une maladie à part entière.

     

     

     

    Aucune étude approfondie à ce jour

     

    Les nombreuses zones de flou qui touchent l'utilisation trop importante des jeux vidéo entretiennent la psychose que l'on retrouve dans le message alarmiste de personnalités politiques au moindre fait divers violent. "C'est paradoxalement tout à fait l'inverse que pour l'addiction aux jeux d'argent où tout de suite on a su que c'était un problème grave", s'étonne le professeur Valleur. "Nous disposions de beaucoup de données et il était très compliqué d'en faire sortir les gens mais le plus dur a été de mobiliser les pouvoirs publics. Pour les jeux en réseau, c'est tout le contraire. Cela préoccupe tout le monde, il y a une sensibilité très nette alors qu'on n'a aucune idée de l'impact".

     

    Deux facteurs alimentent cette préoccupation. D'abord cela touche surtout les enfants et les jeunes adultes, puis c'est aussi lié au fantasme sur la violence supposée des jeux vidéo, loin des Mario, Pac-Man et autre Sonic. Enfin, il y a surtout une fracture générationnelle marquée. Les parents ne savent pas du tout en règle générale à quoi jouent leurs enfants. "Il existe une notation des jeux vidéo comme pour les films que les enfants connaissent mais dont les parents ignorent jusqu'à l'existence", ironise-t-on à Marmottan. C'est justement cette inconnue qui accentue le côté anxiogène, souvent véhiculé par les médias comme dans ce reportage diffusé par Zone Interdite en 2009 :

     

     

    Cependant, il n'est point question de tirer la sonnette d'alarme devant un phénomène qui est encore loin d'être le problème tant fantasmé. "Il faut se méfier des données scientifiques qui n'en sont pas et aujourd'hui aucune étude n'a été assez approfondie pour pouvoir annoncer des vérités que ce soit sur l'addiction ou sur la violence", avertit Michel Lejoyeux. Le risque pour le joueur est d'entrer dans un univers d'où il ne sort plus, dans un monde qu'il s'est créé à son image, en fonction de ses besoins, ce qui met en danger l'universalisme et la curiosité. "L'adolescent dans son apprentissage a besoin de la surprise. Il faut alors une concurrence du réel", estime Michel Lejoyeux. "Il ne faut pas interdire les jeux vidéo mais s'investir plus dans le réel". Morphéus dans Matrix n'aurait pas dit mieux.

     

     

     

     

    Par Benjamin Pruniaux
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    Ce site traite également de ce sujet allez le consulter ! http://addiction-aux-jeux-videos.e-monsite.com
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    Anonyme | le 14/02/2013 à 11h27 | Signaler un abus
    Votre réponse...
    @Anonyme ^^' Je suis joueur de 16 ans, et dire que les jeux video ne sont pas addictif sont un mensonge, car j'y pense enormement à mes jeux ( dofus et counter strike source ) meme si je ne suis pas sur l'odi, j'y pense.
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    Anonyme | le 15/05/2013 à 16h44 | Signaler un abus
    Votre réponse...
    En effet, l'addiction aux jeux vidéos est un réel problème. Etant parent de trois enfants, je connais bien la chose, mais elle n'est pas irrémédiable. Il faut absolument éloigner l'enfant du pc ou de la console, car il a besoin d'une occupation extérieure et de ce fait , l'addiction peut diminuer fortement. Et je peux vous assurer qu'il est beaucoup plus facile de se sortir de cette addiction aux jeux vidéos que celle par exemple des jeux de casinos, poker etc.... Vu sur cet article, vous verrez que cette addiction est terrible et surtout chez nos voisins les Suisse qui nous battent à plate couture... Comme quoi, les addictions se trouvent vraiment partout et qu'il faut absolument trouver une solution Source: http://www.casinosguide.net/40488-casinos-suisses-face-a-la-crise-et-addiction-40488.htm
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    Anonyme | le 17/01/2013 à 10h02 | Signaler un abus
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