Au même titre que le thriller historique pour profiter du succès de Da Vinci Code ou la multiplication des titres "Fantasy" inspirée de Harry Potter, une nouvelle tendance éditoriale est en train de naître : l'anti-Ségolénisme. Après La défaite en chantant de Claude Allègre, ou "Au revoir Royal" de Marie-Noëlle Lienemann, c'est au tour de l'ancien Premier ministre d'expliquer pourquoi Ségolène Royal était programmée pour la défaite.
Dans L'Impasse, dont Libé publie aujourd'hui quelques extraits, il écrit notamment que les raisons de l'échec tiennent "à la personnalité de son ancienne ministre, à son style de campagne, à ses choix politiques". Concédons à Lionel Jospin quelque connaissance en matière de défaite, lui qui perdit par deux fois l'élection présidentielle. Si on suit l'article de Libération, c'est d'ailleurs également parce qu'elle n'a pas assez vanté les réussites du gouvernement de gauche plurielle de 1997 à 2002 dirigé par...Lionel Jospin que la candidate socialiste s'est rétamée. Un argument qui prête à sourire quand on sait le succès que remporta dans l'opinion le bilan de cette législature. Mais une autre tendance, pas éditoriale mais politique celle-là est la négation de la défaite quand on est un leader socialiste. Car pas plus que celle qu'il critique aujourd'hui, Jospin n'a été capable d'analyser ni même finalement d'accepter son échec. Petit rappel des faits :Certes, quand ils virent le visage de Jean-Marie Le Pen apparaître sur l'écran de leur télé le 21 avril 2002, nombre d'électeurs de gauche ont pu amèrement regretter d'avoir glissé dans l'urne un bulletin pour Noël Mamère ou Olivier Besancenot. Si l'éventualité de son absence au second tour avait été mieux anticipée, le leader socialiste aurait sans nul doute mieux capitalisé.
Voilà pourquoi la plupart des socialistes continuent donc à attribuer leur défaite à une malheureuse dispersion des voix que tout le monde regretterait depuis.
L'argument ne suffit pourtant pas à expliquer la désertion des classes populaires et l'impossibilité pour les socialistes d'incarner un progressisme crédible : quoi qu'on en pense, les 35 heures n'ont jamais été autant plébiscitées dans l'opinion que le "travailler plus, gagner plus" inventé par la suite par Nicolas Sarkozy, jamais la volonté de justice sociale (réelle ou bidon) du gouvernement d'alors n'a convaincu les masses c'est un fait.
Il semblerait donc, que, pas plus que Ségolène Royal dont la capacité de dénégation laisse pantois, Lionel Jospin n'ait réussi à comprendre les raisons de son propre échec - car échec il y eut quand bien même dans son livre il rappelle être le seul avec François Mitterrand à avoir mené les socialistes à une victoire nationale (en ce qui le concerne les législatives de 1997 donc).
A l'époque, Jospin assuma pourtant seul la défaite et quitta la vie politique. A posteriori, le geste est plus à attribuer à une posture christique de mégalomane qu'à un réel sens des responsabilités. D'ailleurs, le sacrifice du leader après une défaite est l'ordinaire dans différentes démocraties occidentales, demandez à John Major. Et les allers-retours de Jospin dans le débat public depuis son départ ont montré qu'il attendait surtout que ce soit les autres (les électeurs de gauche) qui reconnaissent leur erreur et le rappellent aux manettes. Jospin a nié le problème de leardership - il n'emballait personne - et son faux- départ a occulté un débat de fond sur l'avenir du parti socialiste. Faire le procès de Ségolène Royal, même si celle-ci a commis plusieurs erreurs, relève revient à s'enfoncer dans la même impasse. Hier comme aujourd'hui, les partis ont malheureusement les leaders qu'ils méritent.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida