
- A lire aussi : Alain Gaschet nous présente six bootlegs cultes de l'histoire du rockA l'heure où le piratage musical se joue à coup de giga octects, sur des sites de P2P où on peut télécharger la discographie des the rolling stones ou de Prince en quelques heures depuis son salon, Alain Gaschet fait office d'antiquité. Sa vie de flibustier du disque, lui il l'a vécue au premier rang des concerts, micro perche à la main et oeil rivé sur le voyant rouge qui assure "{que c'est dans la boite}". A parcourir les brocantes de France - et d'ailleurs - le break rempli de bootlegs de Bob Dylan, des the rolling stones ou Grateful Dead. A craindre qu'un jour ou l'autre son petit business de passionné soit démantelé par un douanier zélé ou une enquête de police. Ce jour funeste est arrivé. Alain s'est retrouvé en garde à vue. Trois ans d'instruction plus tard, il a écopé d'un an de prison avec sursis, en septembre 2009, et attend maintenant de passer au civil. C'est à dire de passer à la caisse. Il reconnait son activité de bootleger, mais n'admet pas d'avoir été condamné pour contrefaçon. En rogne contre l'industrie du disque et Hadopi, il a fait une croix sur son activité mais prend sa revanche dans son livre, Bootleg (éditions Florent Massot), et compte bien continuer à partager sa passion aux quatre coins de la France et sur le net. Fluctuat : Alain Gaschet, vous racontez dans Bootleg comment vous avez été poursuivi et condamné à un an de prison avec sursis pour contrefaçon. La réponse de la Justice vous paraît disproportionnée ? Alain Gaschet : C'est vrai qu'on a tué personne. Ça a pas été facile parce que d'une, tout s'arrête d'un seul coup, le carnet d'adresse se réduit. Et un puis trois ans d'instruction, un an de contrôle judiciaire ils nous ont pas loupé.Un des vos chevaux de bataille est de bien faire la distinction entre le bootlegging et le piratage au sens large. C'est-à-dire ?Pour moi, c'est le terme de contrefaçon qui a tout déclenché. Le bootleg, c'est pas la contrefaçon qui consiste à copier tel quel un disque qui existe déjà dans le commerce. Si j'avais voulu gagner plein d'argent, c'est que j'aurai fait. J'ai reconnu avoir vendu des bootlegs, pas des contrefaçons, mais ça un juge s'en fout complètement. Et le public a dû mal à faire la différence.Pendant ce temps là, il y a des contrefaçons "légales" qui circulent dans le commerce en toute impunité : des anthologies de jazz vendues en librairie, des DVD bricolés avec des documents d'archives où on ne retrouve pas de morceaux originaux, que des covers. Sans parler des compilations reggae de Bob Marley qui ont un verni de légalité à travers des labels anglais ou allemands. Justement, quel est le point de vue des artistes sur ce phénomène ? Vous citez dans le livre Keith Richards, qui se dit même honoré par les bootlegs ?Keith Richards, tout fier, proclame partout que les Stones sont le groupe qui compte le plus de bootlegs. Ce n'est pas certain, je pense que ce serait plutôt Bob Dylan, mais il ne faut pas le dire à Keith, ça l'énerve ! ZZ Top a aussi déclaré : "pour nous, c'est un compliment". Même Carla Bruni a dit que c'était une fierté d'être bootleggé. Malheureusement, la pauvrette, personne ne veut la télécharger. La justice, elle, ne prend pas cette spécificité du bootleg en compte ? Elle n'est pas plus indulgente avec les bootleggers qu'avec les pirates ? Non, il n'y aucune indulgence. J'ai été condamné pour contrefaçon en bande organisée. On est mis dans le même sac, sans la moindre nuance. D'ailleurs, je suis passé au pénal mais pas encore au civil pour la contrepartie financière. Les avocats de 23 stars ou groupes, dont Madonna et U2, réclament le même tarif que pour une contrefaçon : 40 euros par disque. Heureusement, on a pas trouvé grand-chose chez moi Vous risquez quoi comme amende ?Je m'attends à quelques milliers d'euros d'amende. Moins que certains qui sont tombés avec moi, mais je veux pas trop parler d'eux vu qu'ils m'ont balancé. Mais bon, je suis en inactivité depuis trois ans à cause de tout ça, donc ça va être dur. En tant que pirate de l'ancienne école, comment jugez-vous le piratage qui est passé à un autre stade avec le net ?Il faut tirer la sonnette d'alarme parce qu'on s'attaque aux gens comme moi qui sont faciles à attraper. C'est plus simple de choper un gamin qui a téléchargé quelques dizaines de mp3 et coller une amende à sa mère que d'aller s'attaquer à un site web basé à Saint-Petersbourg. Si Hadopi passe et qu'ils mettent leurs menaces à exécution, ça va faire très mal. Mon point de vue, c'est que la musique a existé avant les éditeurs, et qu'elle existera encore après eux. Maintenant, c'est trop tard pour endiguer le mouvement. Les majors ne veulent pas se remettre en question. Quels arguments donneriez-vous pour défendre les bootleggers ?Déjà, les bootleggers font vivre des enregistrements qui n'existaient pas où n'ont jamais été diffusé dans le commerce. Parfois, un bootleg a tellement de succès que les maisons de disques finissent par sortir une version officielle, y a un Johnny Cash fantastique qui vient de sortir comme ça. Et ça, c'est une consécration, parce que moi je ne suis pas de ceux qui veulent garder des trésors pour eux tout seul. Ensuite, il faut voir que les bandes des années 60 et 70 sont attaquées par des bactéries et que sans les bootleggers, certaines seraient perdues à jamais. Enfin, le bootleg te permet de vivre par procuration des évènements que tu n'as pas vécus en direct. Moi, j'ai raté Woodstock et je suis bien content d'avoir quand même pu y être grâce à des enregistrements. Un conseil aux bootleggers en herbe qui bombardent daylimotion et youtube de vidéos de concerts filmées au téléphone portable ?Devenez pro, achetez du bon matériel, parce qu'un téléphone portable, hein, c'est fait pour téléphoner, ça ne peut pas enregistrer convenablement un concert. Je leur conseillerais de faire ça plutôt à deux, parce qu'il en faut un pour pousser les mecs qui gueulent à côté du micro, de bien faire gaffe à la sécu qui est de plus en plus vigilante, et donc d'investir dans du bon matos, maintenant on trouve ça pour quelques centaines d'euros, pour avoir un enregistrement de qualité. Pour vous, le bootleg, c'est terminé ? Oui, le bootleg, c'est derrière moi. J'ai aussi écrit ce bouquin pour tourner la page. Mais l'aventure continue. J'ai créé un site web,
, pour raconter l'histoire, aider les gens en essayant de rester dans la légalité. Je vais tourner dans des conférences, préparer une exposition, etc. J'appelle ça le "Bootleg tour 2010". A prendre au second degré, bien sur