Hadopi : Quand les artistes de gauche donnent des arguments à la droite

04/05/2009 - 19h50
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Hadopi : Quand les artistes de gauche donnent des arguments à la droite

 

En passe d'être enfin votée, la loi "Création et Internet" s'est trouvée de nouveaux défenseurs en les personnes de Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Bernard Murat et Michel Piccoli, auteurs d'une tribune publiée dans Le Monde où ils accusent le PS d'avoir "perdu (son) âme". Texte que Frédéric Lefebvre n'a pas manqué de reprendre lors des débats qui se tiennent ce lundi à l'Assemblée Nationale.

 

 

 

"La gauche - notre famille - c'était le refus d'un ordre purement marchand", dit notamment cette lettre ouverte à Martine Aubry, reprochant aux socialistes d'être "désormais, par l'effet d'une étrange ironie de l'histoire, les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l'heure du numérique." Des arguments qui font évidemment doucement rire les pourfendeurs d'Hadopi, qui ont tôt fait de dénigrer l'âge avancé des signataires du texte.

 

 

 

Sans partager le point de vue des Arditi et consorts, on peut effectivement s'interroger sur le glissement idéologique qui pousse aujourd'hui la gauche à dénoncer un texte censé défendre une industrie du disque au modèle obsolète. Ne sont-ce pas les mêmes qui défendent à grand cri des secteurs condamnés en France comme la métallurgie ou le textile ? Pourquoi ne pas en faire de même avec les petits métiers de la création artistique au nom de la sacro-sainte exception culturelle française ?

 

Pour être honnête, dire que la droite défend ici des valeurs de gauche (et vice-versa) est un résumé est un peu fallacieux. Les artistes suscités ont omis un point essentiel : Hadopi n'apportera rien aux artistes et va dilapider des millions d'euros dans une répression vaine. Argent qui aurait justement pu servir à promouvoir la création artistique, améliorer les propositions de téléchargement légal ou financer la mise en place d'une licence globale. Mesure proche de la fameuse loi de 1985 sur les "droits voisins" qui imposa une redevance à la diffusion de musique en public (radio, télé, bars, etc.) "à des fins de commerce". Une loi signée Jack Lang, qui défend pourtant Hadopi aujourd'hui.

 

 

 

Si Jean-Pierre Brard, député apparenté communiste, a ironisé au cours des débats sur la "chaise à porteurs et la marine à voile" pour dénoncer l'archaïsme du projet de loi, ce n'est donc pas qu'il est devenu un défenseur du grand capital. De ces questions nouvelles découlent des positionnements tout aussi nouveaux pour les partis politiques. Certains ont été peu à la traîne (notamment le PS qui a voté le texte au Sénat et emboîté le pas des Verts et des communistes à l'Assemblée), d'autres ont réagit plus vite. Une partie n'a semble-t-il toujours pas compris l'enjeu.

 

Par Edouard Orozco

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