
Le but de l'égalisation refusé à Frank Lampard pour l'Angleterre face à l'Allemagne. L'ouverture du score de Carlos Tevez validée malgré un hors-jeu net lors d'Argentine - Mexique. Les huitièmes de finale du Mondial 2010 ont démarré fort en matière d'erreurs arbitrages. Des boulettes, les hommes en noir en avaient commises au cours du premier tour. Mais pas dans des matchs de cette envergure, qui donnent un écho retentissant à ces fautes aux conséquences lourdes.
L'arbitrage vidéo : un débat sans fin
Résultat, le monde du foot se lance dans un énième grand débat sur l'arbitrage vidéo. Joueurs, entraîneurs, dirigeants et mêmes arbitres semblent majoritairement pour. Les instances dirigeantes restent elles sourdes à cette innovation technique, préférant expérimenter l'arbitrage à cinq (contre trois aujourd'hui) qui sera appliqué à la prochaine Ligue des champions. Un peu comme quand la Chine misait sur la natalité pour former des armées d'ouvriers ou de soldats au lieu de recourir aux machines. Un archaïsme dont on a du mal à saisir la logique...
Tennis, rugby, football américain utilisent la vidéo de diverses manières. Sans que cet outil ait dénaturé l'âme de ces sports. Chacun a trouvé la formule qui lui convient. En tennis, le joueur a le droit de solliciter trois fois par set le hawk eye, machine qui détermine si une balle est bonne ou faute. En foot US, l'entraîneur jette un drapeau rouge par terre pour qu'une action soit visionnée par les arbitres. En rugby, l'arbitre peut lui-même y recourir lorsqu'il n'est pas sûr de la validité d'un essai. D'autres sports ont recours à l'assistance vidéo : le cricket, le hockey sur glace ou l'escrime. Sans oublier l'athlétisme et le cyclisme, qui utilisent la technologie de la photo finish depuis des lustres...
Qui bloque l'arbitrage vidéo dans le football ?
Si de nombreuses voix s'élèvent en faveur de la vidéo, les décideurs en mesure d'appuyer la réforme affichent une opposition ferme à cette évolution. Sepp Blatter, le président de la FIFA, et Michel Platini, qui dirige lui l'UEFA, suivent sans broncher la position de l'ultra rigide International Football Association Board (IFAB), garant des lois du jeu contrôlé par les fédérations anglaises, écossaise, galloise et irlandaise. Platini, pourtant, y était favorable lorsqu'il était joueur : "pendant les Coupes du monde et les championnats d'Europe, on a pas le droit de perdre sur une erreur d'arbitrage. Je pense peut-être que la vidéo peut s'appliquer au niveau des Coupes du monde, parce qu'il y a les infrastructures techniques".
retrouver ce média sur www.ina.fr
Le fonctionnement même de l'IFAB annihile toute tentative de changement. En effet, son bureau est composé de quatre représentants des fédérations anglo-saxonnes précitées, plus quatre membres de la FIFA, et chaque proposition doit recueillir 6 votes sur 8 pour être approuvée. Une majorité des trois quart qui laisse peu d'espoir aux promoteurs de l'arbitrage vidéo, ni l'IFAB ni la FIFA ne pouvant décider de quoique ce soit sans l'accord de l'autre.
Un déclic pour la réforme ?
Les deux erreurs survenues lors d'Allemagne-Angleterre et Argentine-Mexique vont-elles enfin faire bouger les choses ? Oui, si l'on considère qu'elles sont flagrantes, hyper médiatisées et que l'une d'elles touche une nation majeure du football, l'Angleterre, qui a un vrai poids dans les instances internationales. Si l'on se souvient que l'Irlande n'a pu se qualifier pour le Mondial 2010 à cause d'une main de Thierry Henry non-sifflée par l'arbitre, cela fait deux membres de l'International Board susceptibles de faire évoluer leur position.
Mais, ne rêvons pas. La FIFA a d'ores et déjà botté en touche par rapport à la dernière polémique sur l'arbitrage vidéo. "Nous n'ouvrirons pas le débat sur l'arbitrage au point-presse quotidien", a déclaré le porte-parole Nicolas Maingot. Son seul regret ? Que le hors-jeu de l'argentin Carlos Tevez ait été diffusé au public sur les écrans géants du stade : "cela n'aurait pas dû arriver". Paradoxe d'une situation où tout le monde a accès à la vidéo, sauf l'arbitre...
Pourquoi la vidéo n'est pas pour demain
Ce n'est pas la première fois que de grossières erreurs d'arbitrage relancent le débat sur la vidéo. A chaque fois, les décideurs laissent passer l'orage jusqu'à la polémique suivante, se contentant d'expérimenter d'autres mesures. Comme la puce dans le ballon censée déterminer si le ballon a franchi la ligne (peu concluante et abandonnée) ou l'arbitrage à cinq (deux arbitres supplémentaires se postent près des buts) qui n'a pas fait ses preuves la saison passée en Europa Ligue. Les bons arbitres ne courent pas les rues, et multiplier leur nombre risque surtout de multiplier les mauvaises décisions...
En outre, il sera très dur de faire plier le Board sur l'argument de "l'universalité du football". Traduction, le football est un sport populaire dont les règlements doivent être les mêmes pour tous et il ne serait pas évident d'utiliser l'arbitrage vidéo, par exemple, dans une rencontre éliminatoire entre le Burkina-Faso et l'Angola. Les romantiques avancent eux que la faute d'arbitrage amène le ressort dramatique qui donne tout son charme et son intérêt au football. Sans ses erreurs, on ne débattrait pas éternellement et passionnément sur le but de Geoff Hurst en finale du Mondial 1966, la main de Diego Maradona contre l'Angleterre ou la charge d'Harald Schumacher sur Patrick Battiston.
Les limites de l'arbitrage vidéo
Les militants de l'arbitrage vidéo ne doivent pas non plus se leurrer. Même avec 300 caméras et des supers ralentis à 1000 images par seconde, les hommes en noir continueront à prendre des décisions contestables, qu'ils soient sur la pelouse sifflet au bec ou derrière un écran de contrôle. En dehors des franchissements de ligne et des fautes flagrantes, un grand nombre de litiges portent sur des situations sujettes à l'interprétation.
La main dans la surface était-elle volontaire ? L'attaquant a-t-il amplifié le contact dans la surface ? Le joueur en position de hors-jeu participait-il à l'action ? Le défenseur était-il en position de dernier défenseur, ou a-t-il annihilé une action de but ? Autant d'évènements qui animent chaque week-end les talk shows consacrés au football où les débatteurs arrivent rarement à se mettre d'accord.