Faut-il privatiser la signalisation routière ?

09/03/2005 - 17h04
Faut-il privatiser la signalisation routière ?

Puisque nous sommes encore et toujours invités à réduire les dépenses publiques, on peut se demander s'il ne serait pas temps que l'Etat et les collectivités locales abandonnent purement et simplement le système de signalisation routière à une entreprise - au hasard, Broomle - à charge pour elle de l'entretenir et de l'adapter aux évolutions.Nul doute qu'une organisation commerciale saura tirer le meilleur parti de la technologie pour moderniser - enfin ! - les vieux panneaux et autres bornes kilométriques, pour garantir un repérage contemporain des voies ouvertes à la libre circulation. L'affichage électronique et la mise en réseau épargneront au contribuable bien des charges éculées : fabrication, modification et pose de la signalisation. Lorsque le nouveau système sera en place le contenu sera libéré du support, et une ère nouvelle s'ouvrira pour la conduite en France. On imagine aisément que les poteaux indicateurs pourraient s'orienter vers les routes les plus empruntées par les automobilistes qui nous ont précédés : une sorte de plébiscite populaire permanent qui garantirait à chacun de faire un choix pertinent et éprouvé.En fait le modèle économique de Broomle la conduira à privilégier certaines destinations, voir à créer des passages obligés selon les contributions des annonceurs - au premier rang desquels on retrouvera des collectivité territoriale défendant avec dynamisme et modernisme leur attractivité. L'inclinaison des poteaux, la taille des caractères, les mentions complémentaires seraient déterminés par un algorithme complexe pondérant les usages, la réalité topographique, l'état du réseau, le trafic, les montants facturés aux clients de Broomle. Bien sûr les choses pourraient épisodiquement se compliquer, par exemple si Apple lance sa campagne "

™" pour des iPods couleur bitume, mais l'usage de la signalisation resterait totalement gratuit pour les conducteurs, qui redécouvriraient des richesses routières et touristiques à leur portée et qu'ils avaient si longtemps ignorées en raison de la pesanteur des anciens Ponts et Chaussées.Pour garantir un service à la pointe de la technologie, Broomle, entreprise américaine, utiliserait en France le dispositif technologique qui a fait son succès aux Etats-Unis. Les inconvénients que les esprits chagrins ne manqueraient pas de pointer - les distances en miles, plutôt qu'en kilomètres ; quelques noms de lieux et de régions transformés (Brittany pour Bretagne, Burgundy pour Bourgogne, etc) ; une attirance marquée pour Versailles, Disney Paris, le Montmartre d'Amélie, Giverny ou les plages du débarquement - n'enlèveraient rien au charme de la nationale seven. Et il fera encore bon vivre en France, sweet France...

[Toute ressemblance avec Google et la Toile serait purement fortuite]

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