
Une famille d'obèses britanniques demande à l'Etat de mieux financer ses dépenses alimentaires.Publiée telle quelle, l'information est un bonheur pour ultra-libéraux réactionnaires. Les allocations ne serviraient donc qu'à littéralement engraisser une bande de feignasses vautrées toute la journée sur un canapé. Pourtant cette histoire pose de réelles questions sur le statut de l'obésité dans la politique sociale.
L'information provient du très conservateur Telegraph. Le vénérable quotidien précise que la famille Chawner, composée de deux jeunes filles de 19 et 21 ans et de leurs parents, perçoit déjà 22 500 livres (25 000 € environ) par an.
Quand on regarde le détail des aides, on constate qu'une partie de leurs allocations n'a rien à voir avec l'obésité : Emma (la fille de 19 ans) perçoit pour étudier le métier de coiffeur une bourse destinée aux étudiants de condition modeste et Samantha touche une allocation chomage classique. Le journal ajoute le tout et assimile totalement aides sociales/obésité, ce qui est tout de même un peu spécieux.
Mais c'est bien la question de l'obésité et de sa prise en charge par le corps social que le cas des Chawner interroge :"La nourriture équilibrée comme les fruits ou les légumes est trop chère pour nous", explique le père, qui ajoute : "Nous sommes gros parce que c'est dans nos gènes. Tous les membres de notre famille sont en surpoids". "Nous essayons tous de perdre du poids pour ne ne plus être moqués dans la rue mais nous ne savons pas comment", enchérit Emma.
Si une manière de lutter contre le phénomène est d'éviter soigneusement la malbouffe, alors la solidarité sociale ne doit-elle pas financer les régimes plus diététiques pour les obèses ? Qui a mis un pied en Grande Bretagne sait que la nourriture de qualité y est effectivement très chère. En France comme partout ailleurs, le prix de la nourriture est désormais également à la hausse.
L'argument social se double d'un constat scientifique : si l'obésité a souvent un caractère génétique contre lequel aucune hygiène alimentaire ne peut rien ("nous sommes gros parce que c'est dans nos gènes"), il faut bien subvenir aux besoins de gens obèse qui ne pourront jamais espérer suffisamment maigrir pour travailler. Emma n'arrive pas à perdre du poids.
Des chercheurs américains ont récemment trouvé un gène (le FTO) dont la présence sous certaines formes chez des êtres humains serait un facteur essentiel de surpoids et de diabète. On craint parfois que les découvertes génétiques amènent à une discrimination mais elles peuvent aussi amener à la reconnaissance du caractère inné de certaines parthologies et de la nécessité d'aider socialement les victimes en attendant de trouver des thérapies géniques efficaces. Et oui de financer des gens qui engraissent...
Sur Doctissimo : tout savoir sur le surpoids et l'obésité
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida