Faut-il croire aux extra-terrestres ?

30/05/2012 - 16h58
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C'est l'un des films évènement de l'année : Prometheus, le retour de Ridley Scott à Alien après plus de trente ans. Une occasion idéale pour se poser cette question essentielle : faut-il croire aux extra-terrestres ? Eux qui envahissent les écrans de l'univers depuis des décennies.

Personne n'a pu prouver que les extra-terrestres existent, mais comme les fantômes la question nous hante. Le vingtième siècle n'a pas connu de mythe populaire aussi grand que les petits hommes verts, gris, ou peu importe la couleur. Steven Spielberg en a même fait sa grande obsession, le motif empirique de toute son oeuvre. Tout le monde s'est intéressé un jour à la possibilité que nous ne sommes pas seuls dans l'univers. La sortie du nouveau film de Ridley Scott, Prometheus, vrai-faux prequel d'Alien, montre encore l'importance et la fascination inaltérable que génère la mythologie extra-terrestre. Au point qu'on se demande quelles réponses le futur pourra bien apporter à leur potentielle existence. Car si nous n'avons aucune preuve tangible de leur réalité ou passage sur terre (malgré ceux qui disent les avoir vus), pourquoi est-ce que l'homme s'entête à chercher sa trace ? Pourquoi le cinéma, mais aussi toute la pop culture de la seconde moitié du vingtième siècle, se sont engouffrés dedans ?


Where is Everybody ?

Il n'a pas fallu attendre La guerre des mondes pour voir débarquer l'idée que d'autres êtres peuplent l'espace. De longue date, chez Lucrèce, Kant ou divers contes et légendes, on imaginait un autre homme que l'homme, ailleurs. Pour expliquer ce grand absent, le physicien et prix Nobel Enrico Fermi partit du fait que si des civilisations plus avancées que nous existent, alors on devrait avoir la preuve de leur présence, sur terre, ou par un quelconque signal radio. "Where is everybody?", demandait l'Italien en 1950 dans un paradoxe devenu célèbre et portant désormais son nom. Les années cinquante furent la grande décennie où les apparitions d'Ovni se multiplièrent. Dans les journaux, au cinéma, la bande dessinée et les nombreux romans de science fiction. Plus l'homme développe alors ses technologies, plus l'extra-terrestre s'installe dans la culture populaire. Plus les avancées scientifiques sont grandes, plus résiste un point irrésolu : mais où est donc cet homme invisible, joue-t-il à cache cache ?


E.T mon beau souci

Les théories, des plus fumeuses, mystiques ou rationnelles, se font concurrence pour savoir qui, de la civilisation hyper développée, au Dieu régentant l'univers en passant par la simple bactérie, a raison. Qu'il soit imaginaire, sujet scientifique ou désormais soutien de poids au post-humanisme (courant de pensée très suivi dans les pays anglo-saxons), l'extra-terrestre obsède l'homme et parfois lui donne des réponses. Durant la guerre froide il s'est substitué à la menace soviétique (Body Snatchers) ou nucléaire (Le jour où la terre s'arrêta). Après le 11 septembre il incarne l'étranger ou l'idée de menace extérieure (La Guerre des mondes, Signes). Le cinéma puis plus tard le jeu vidéo, qui en fit son obsession dès ses prémisses (Spacewar, Computer Space, Space Invaders), renvoient plus encore que toute sa littérature l'extra-terrestre à un objet de substitution, quand il n'incarne pas la part sacrificielle idéale. Celle qu'on peut éliminer sans se soucier des conséquences, puisqu'il n'est pas humain, et d'ailleurs le plus souvent monstrueux : Alien de Ridley Scott a poussé cette vision à son paroxysme, façon huis clos animal et psychanalytique, pour mettre l'homme face à sa vanité.


L'homme invisible

L'extra-terrestre tel qu'on l'a conçu est rarement sinon jamais considéré pour ce qu'il est. Parce que nous n'avons aucune preuve de son existence, tout est possible, à commencer par laisser libre cours à notre imagination. Si ses premières évocations remontent à loin, son éruption massive et conjointe avec la révolution industrielle a fait de lui une créature moderne et symptomatique, là où le fantôme reste attaché au 19ème siècle. Plus les hommes ont volé, fabriqué des fusées, projeté de partir dans l'espace, plus l'extra-terrestre s'est manifesté partout jusque sur les écrans radar bientôt transformés en jeux vidéo, manière de répondre à une absence en la créant, L'arche du Captain Blood (jeu mythique des années 80) allant jusqu'à imaginer qu'ils se cachent justement dans les jeux vidéo. Si en chacun le doute subsiste (sans preuves, comment dire non ?), la croyance dans les extra-terrestres n'est pas qu'un délire New Age. Sinon comment expliquer son retour systématique depuis près d'un siècle ? Peut-être parce qu'il est cet homme invisible à la lisière de l'obscurantisme et du rationalisme, la synthèse personnifiée de la science et de la religion.


Itinéraire bis

La croyance dans les extra-terrestres serait-elle donc la même que pour Dieu ? On rêve souvent que ce grand Autre venu de l'espace règle d'un coup tous les mystères de l'univers et pacifie le monde (ou au contraire l'extermine, pour en revenir à l'apocalypse). On lui confère un peu les mêmes pouvoirs que les Grecs envers leurs dieux, les aliens peuvent être autant nos alliés que ceux dont il faut se méfier du courroux. Ils sont tout et son contraire, présents et absents, proches ou lointains. La seule équation finalement la moins prise en compte, c'est celle pourtant la plus évidente : comment penser ce qui n'existe pas autrement que par anthropomorphisme ? On peut réfléchir à partir de la nature et la création, pas ce qui est en dehors. Il est ainsi facile de comprendre les raisons qui ont poussé à confondre extra-terrestre et religion. L'alien est un peu ce Dieu qui n'en est pas un. Un humain bis qui résoudrait le problème de l'existence de Dieu par la science.


Pop art

Mais peut-on placer Dieu et l'extra-terrestre sur le même plan ? Probablement pas, puisqu'il s'agit de répondre à un problème métaphysique par une chose rationnelle, donc contraire aux principes de croyances mêmes les plus obscurs. Dès lors où ce qui nous dépasse s'explique le plus simplement du monde, les choses perdent leurs pouvoirs. Il y a pourtant une autre façon de se pencher sur le problème. A l'aune de leur succès dans la culture de masse depuis un siècle, on peut considérer le rôle des extra-terrestres comme un révélateur. Ils sont un formidable outil pop, un génial fourre tout théorique. On peut les mettre à toutes les sauces ou presque (philosophique, psychanalytique, sociologique, politique), ça marche. Et il n'y a pas de raison que ça change. Croire aux extra-terrestres, c'est un peu croire dans les forces de l'imaginaire, que les histoires au coin du feu puissent avoir encore du sens. L'alien est un moteur à fiction inépuisable. Peu importe son existence réelle, il aide à penser. Steven Spielberg en a fait sa grande machine à rêve et son motif favori. Normal, l'espace est un écran géant dont l'horizon porte vers l'infini. 

Par Jérôme Dittmar
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