"L'idée que le parti radical, qui est centenaire, qui a porté des valeurs auxquelles je crois - l'humanisme, la laïcité, une certaine conception de la République - un jour se ressoude, se refonde, se ressource, ce serait une bonne nouvelle". Lepremier homme de gauche à avoir basculé à droite pendant une campagne était en fait un radical. En voyant Jean-Michel Baylet tenter de conserver les circonscriptions acquises grace aux socialistes avant de filer au centre-droit rejoindre jean louis borloo, il a reconnu une constance et une fidélité qui sont ses seules boussoles. Le Secrétaire d'Etat à la prospective économique (erm..) est aussi un sacré renifleur de positionnements politique originaux. Et c'est à ce stade de l'article qu'il convient d'arrêter de se payer sa tronche. Eric Besson, avec son étrange physique houellebecquien est le héros mou idoine pour les désoeuvrés de gauche. La seule constance et la fidélité dont ceux-ci ont fait preuve est de continuer à mettre un bulletin socialiste dans l'urne, déconnectant leur analyse de la politique du geste électoral, de toute façon à la fin on vote Royal. Besson, lui, se fait insulter par les socialistes et silencieusement humilié dans les meeting UMP, cherchant autant à laver dans la douleur la culpabilité du socialiste qui a laissé faire ("J'aime les hopitaux, asiles de souffrance") qu'à renouveler sa philosophie politique : Au milieu des courants et des cristaux de glace,Le doux flot de la joie faisait battre mon coeur.Au milieu du danger mon âme était sereineL'homme déchirait l'homme, plein de hargne et de haine,Nous vivions un moment redoutable et cruelEt le monde attendait une parole nouvelle.
Plus sérieusement : depuis l'élection de Nicolas Sarkozy qu'arrive-t-il à nombre d'électeurs de gauche modérée, genre moi ? Et bien ils spéculent amèrement sur leur engagement : le nouveau ministère de l'environnement est une nouveauté que les socialistes pourtant épaulés par les Verts de longue date n'ont pas tenté. Certes 2007 n'est pas 2002, mais un parti progressiste a aussi le droit d'être en avance sur son temps - ou à tout le moins être force de proposition audacieuse. La nomination de Martin Hirsch est du même acabit, quoi qu'on en dise le PS n'aurait rien fait de plus.
"Le plus dur pour la gauche c'est qu'il est en train de (lui) faire ce que Tony Blair a fait à la droite anglaise pendant 10 ans, c'est-à-dire qu'il lui a pris un certain nombre de ses fondamentaux". Un constat aussi clinique qu'évident, houellebecquien en somme ( on imagine très bien le léger soupir après "fondamentaux"), signé Eric Besson évidemment. Besson qui parle comme s'il n'était pas concerné par cette gauche là, exactement comme mes amis de gauche et moi dans les dîners : On liste nos "fondamentaux" : la justice sociale, le libéralisme des moeurs, le développement de l'Europe, le multilatéralisme à l'échelle internationale... On disserte à foison sur l'incurie des socialistes et notre envie de les claquer depuis le 06 mai, on se demande si on ne doit pas rejoindre le Mouvement démocrate. " On a pas à avoir honte de lâcher un parti qui n'est pas de gauche de toute façon et qui nous enlise dans la défaite", m'a dit il y a peu une amie. Pratique, ouais. Mais si le parti socialiste n'est pas de gauche, c'est peut-être parce que ses électeurs ne le sont pas tellement non plus, ça vous est pas venu à l'esprit ? C'est peut-être pour cela qu'on préfère mépriser Eric Besson, et c'est en cela qu'il est encore le plus houellebecquien : un porteur de mauvaise nouvelles, portant sur lui et sans fard, le dégoût que nous inspire à l'occasion nos propres renoncements. En me concentrant bien, je perçois quelques codesdans le touché d'organe et les embrassementsIl est déjà trois heures et la musique érodel'ensemble des désirs. Je progresse vers le blancEst-ce que je suis heureux ? Est-ce que je suis absent ?
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida