
Sébastien Lecordier nous écrit :"Cris, pleurs, injures, jets de peinture blanche, yeux rougis, de peurs et de colères, vitres cassées, la philosophie est un sport de combat. Le jeune philosophe Medhi Belhaj Kacem en a fait les frais lundi 9 mai dans le bistrot de l'île enchantée. Venu discuter le bout de gras autour de la sortie de son nouveau livre, Pop philosophie, un entretien avec l'écrivain-journaliste Philippe Nassif, le philosophe-autodidacte, a été pendant une heure trente la cible d'un groupuscule de "fachos" acharnés. Une fois par mois, ce haut lieu de la branchitude parisienne au cadre bon enfant, accueille un débat public « Ex j'adore ce que vous faîtes ». Ce débat est animé par des journalistes trentenaires et tendance, façon Technikart ou Libération. Le principe ? Entre gorgées de bière et brouhahas de comptoir, les G.A. (gentils animateurs) posent d'inoffensives questions sociologiques. Le ton se veut impertinent, décalé. Le résultat égale l'humeur de l'invité. Hier ce fut Beigbeder, Dupontel et Cohn-Bendit. Aujourd'hui pour sa dixième c'est au tour du philosophe controversé Medhi Belhaj Kacem. Sobriquet : MBK.Cinq minutes après le début du débat la première salve fuse. L'attaque est frontale. En position de combat, le corps en avant, un jeune homme s'en prend violemment à l'invité. Il éructe. Le jeu de massacre commence. La première partie de "l'émission" est constamment interrompue par ses attaques verbales. Elle se terminera par son éviction manu militari après qu'il s'en est pris physiquement au co-auteur du livre Philippe Nassif. Ambiance. Ambiance. Fin du premier round.Une pause s'impose. Un homme-tronc à moustache, surnom Charlie O., posté derrière un synthé labellisé années 80, distille de petites mélopées. Mais derrière cette soudaine accalmie pointe une sourde violence. Il suffisait pour s'en rendre compte de laisser traîner son oreille. Ici ou là des mots hirsutes sont lâchés « racisme » « bâtard ». A chaque lampée alcoolisée, les pensées s'embrument un peu plus, les langues se délient.Le délire peut commencer.Retour plateau. La parole à Emmanuel Poncet journaliste à Libération. Le débat tourne autour du refus du journal de publier un texte de MBK écrit juste après le fameux 21 avril. Il y est question du rôle néfaste joué par les médias au sujet de Le Pen. Propos déjà tenus sur le site d'ironie. A ce moment précis les discussions se font plus rares, l'écoute plus attentive. Quand se fait entendre dans un fracas lourd de conséquence, l'explosion d'un énorme pot de peinture blanche. Ensuite s'enchaînent pêle-mêle coups de poings et coups de colère, incompréhension, bris de verre... etc. jusqu'à fermeture prématurée de l'établissement. On compte les morts : une table, quelques chaises, beaucoup de vêtements.Cette esclandre physique et verbale s'apparente à une violente irruption du réel. Splendide ironie pour celui qui prône depuis le 11 Septembre 2001 le retour au réel.Est-ce l'annonce de quelque chose qui couve ou une simple mini-émeute entre jeunes gens qui s'ennuient ? Pendant ce temps, Charlie O., tel un musicien du Titanic, continue ses mélopées synthétiques. Hermétique à l'environnement".Merci Sébastien pour ce beau reportage. N'hésite pas à nous faire part de tes virées dans le Paris philosophique et nocturne, on est preneurs. [photo : Ben Boccas]
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