Demorand réenchantera-t-il Libération ?

03/02/2011 - 19h12
Demorand réenchantera-t-il Libération ?
L'auteur
De Almeida Daniel
Daniel De Almeida

 

"Aujourd'hui, la gauche c'est tristesse et résignation. Il faut la réenchanter". Cette phrase n'est pas celle d'un cador du parti socialiste sur les starting-blocks des primaires. C'est Nicolas Demorand qui l'a prononcée ce matin, lors de son "grand oral" à Libération. "Lutter contre la déprime de la gauche, c'est un programme pour Libé", a-t-il indiqué. 

 

 

 

 L'animateur a parlé deux heures durant avec les salariés du journal qui décideront lundi si c'est leur nouveau patron ou non. Deux heures pour convaincre qu'il a une vision du journal et un projet éditorial qui tient la route. 

 

Le réenchantement de la gauche en a amusé certains dans l'assistance, sans trop convaincre : "C'est du gadget on ne voit pas comment l'intégrer dans des papiers", explique un historique. Au moins le projet antisarkozyste de Plenel avait-il le mérite d'être clair. Pour que Libé devienne le quotidien de référence de la gauche, il n'exclut pas de grossir les rangs. "La condition que j'ai mis pour venir c'est de pouvoir embaucher".

Mais comment compte-t-il faire pour relancer le canard ? Les journalistes de Libé qui auraient aimé le voir répondre repartiront bredouilles.

L'ex animateur d'Europe 1 aura bien eu quelques punchlines, diversement convaincantes comme ce "La une d'un journal doit gueuler et faire une accolade au lecteur". Demorand a aussi indiqué que le quotidien papier devait rester le coeur de la marque et que le web, "oui, oui" doit rester en partie payant. Nicolas Demorand a également écarté tout rapprochement avec le Nouvel Observateur qu'est parti diriger Laurent Joffrin. "Moi mon idée c'est de faire un quotidien mais on veut bien les fichiers", a-t-il précisé en riant.

 

Du côté de la rédaction de Libé, l'arrivée d'un homme qui ne connaît pas grand-chose à la presse écrite est accueillie avec un certain scepticisme mais sans hostilité, certains pensent qu'après tout pourquoi pas.

 

Une jeune journaliste résume le sentiment général : "Je n'ai pas l'impression qu'il ait convaincu vraiment fortement  son auditoire, mais les discussions entendues ça et là ne le condamnent pas d'un bloc. Globalement, je pense qu'il y avait une forte attente pour des projets, c'est ce qui a manqué: des  propositions concrètes..."

 

Lundi, le personnel de Libération devra donner son verdict : pour être intronisé patron (directeur de la rédaction, de la publication mais aussi co-gérant de la SARL Libération) Demorand devra satisfaire au moins un tiers des votants (à condition qu'au moins 51% des salariés prennent part au vote).

 

"Son discours semble n'avoir pas été déterminant: les pour restent pour, les contre contre. Avec les mêmes arguments", résume un journaliste. Ne reste plus à savoir combien ils sont dans chaque camp.

 

Par Daniel De Almeida

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