
Sarah Williams, directrice du laboratoire de design spatial de l'information à l'école d'architecture de l'université de Columbia à New York, et Elizabeth Currid, professeur à l'école de politique, planning et développement de l'Université de Californie du Sud à Los Angeles, ont eu l'idée de cartographier le "buzz culturel" des deux métropoles à l'aide des photos d'évènements publiées pendant un an sur le site Getty Images. Objectif : "permettre de quantifier et comprendre, visuellement et dans l'espace, comment cette scène de la création culturelle fonctionne vraiment". Les données récoltées (300 000 photos de 6000 évènements) permettent de visualiser la densité de vernissages, concerts, projections, et donc la coolitude respective des différents quartiers. Jugez plutôt : New York ci-dessous, et Los Angeles ici.
Les quartiers les plus hype de New York sont donc le Lincoln et le Rockefeller Center, et Broadway de Times Square jusqu'à Soho. A L.A., c'est à Beverly Hills et Hollywood que ça se passe, sur le Sunset Strip particulièrement... Bon, rien de vraiment sensationnel. Alors que dit de plus l'étude The Geography of Buzz: Art, Culture and the Social Milieu in Los Angeles and New York ?En introduction, les deux expertes nous expliquent que les sciences sociales ont longtemps cherché à comprendre le système de production culturelle, identifiant l'importance, dans ce processus, du milieu social, du bouche-à-oreilles, du buzz, avant de mettre en exergue les carences des études précédentes.Bien que fières de leur travail, les auteures notent deux biais qui l'affectent : l'exclusion des scènes underground, des sous-cultures, contre-cultures et autres classes créatives (n'est-ce pas précisément le territoire de la hype ?), et la focalisation sur des évènements photogéniques susceptibles d'intéresser le grand-public et les médias (Getty Images est un site qui permet de vendre ses photos).
Voici les cinq enseignements que cette étude aura permis de tirer :- Les milieux sociaux ont des points de rendez-vous non-aléatoires : il existe des quartiers chic et arty, dont les rues adjacentes sont moins chic et arty mais un peu quand-même.- Il semble y avoir un effet autoporteur dans la hype, qui attire donc la hype : si l'on souhaite organiser un cocktail hype, on va là où sont déjà les gens hype.- Les quartiers hype attirent les gens hype de tous univers : musiciens, mannequins, peintres, designers se retrouvent aux mêmes endroits, il n'y a pas un quartier spécifique par profession.- Certains types d'évènements se déroulent dans des lieux dédiés : une projection a généralement lieu dans une salle de cinéma, un vernissage dans une galerie... Et quelques lieux historiques accueillent de nombreux évènements.- Les médias jouent un rôle involontaire dans la construction de la hype locale en couvrant ces évènements, et participent ainsi à l'évolution de la désirabilité de tel ou tel quartier.
Remarquons, outre la flagrante inutilité de ces conclusions, que le biais concernant les médias est devenu un enseignement, d'ailleurs présenté comme le plus révolutionnaire de l'étude. Quant à savoir si cette dernière aide à mieux comprendre ce qu'est le "buzz", les deux universitaires avouent au New York Times, qui consacre tout de même deux pages à la chose, ne pas avoir de meilleure définition que : "c'est socialement et économiquement important pour les biens culturels". Je ne résiste pas au plaisir de les citer : "Artists become hot because so many people show up for their gallery opening, people want to wear designers because X celebrity is wearing them, people want to go to movies because lots of people are going to them and talking about them. Even though it's like, ‘What the heck does that mean?,' it means something.”
L'essentiel à retenir de cette affaire est donc la photo de Sarah Williams posant au Studio-X show dans le West Village, de toute évidence le moment le plus hype de sa vie et le seul objectif de tout ce cirque, que l'on ne peut sérieusement pas qualifier de cartographie.
Par Jordan