"Ou bien des candidats communs qui seront les candidats de la majorité nouvelle, ou bien des candidats ayant entre eux un accord de désistement."
Ce matin sur France Inter, François Bayrou répondait lui aussi non à la proposition de Michel Rocard pour un accord de désistement PS/UDF signé avant l'échéance du premier tour. Il expliquait par cette phrase citée comment il construirait une majorité. C'est assez troublant de constater qu'un candidat regarde d'abord qui le suivra et ensuite quel type de politique il pourra mener au lieu de fédérer autour d'un projet. Aujourd'hui la recomposition du paysage politique français - sur fond de crise structurelle du parti socialiste - semble plus importante que la vision politique qu'on a du pays. La majorité nouvelle qui se créerait autour de Bayrou serait plus ou moins conservatrice dans ses choix selon son équilibre interne. Comme l'explique assez bien Mélenchon, "dans ce genre de coalition on ne peut pas aller plus loin que ne le supporte la partie la plus conservatrice". Ce qui veut dire qu'en réalité on ne va jamais très loin, plus les compromis sont importants moins les politiques menées sont fortes quel que soit le point de vue qu'on adopte.
C'est pourquoi le candidat UDF a le programme le plus faible et le moins détaillé qui soit : il est à la recherche du plus petit dénominateur commun, sa victoire se fait sur le modèle des temps de crise où une entente minimum sur quelques mesurettes est le petit prix à payer pour garantir la survie du système. En cela, Bayrou est peut-être le candidat le plus conservateur qui soit : Devant le manque de désir suscité par les socialistes et la dangerosité potentielle d'une présidence Nicolas Sarkozy, Bayrou incarne une très chiraquienne candidature de status quo. Il s'en réfère d'ailleurs souvent au Jacques Chirac de 1995, mais c'est à se demander s'il ne préfère pas surtout celui de 1997 : un président en heureuse cohabitation. La candidature Bayrou est donc peut-être plus conservatrice qu'il n'y paraît et son projet tourne autour d'un renforcement de la figure du président (Le président détermine et conduit la politique de la nation écrit-il sur son site, alors que la Constitution de la Cinquième indique que c'est le gouvernement qui a cette charge comme l'a noté le professeur Bastien François). Son succès à gauche s'explique peut-être par la volonté des électeurs traditionnels du PS de voir le parti opérer sa mutation et s'offrir en attendant avec François une petite transition.
Mise à jour : sur les références constantes à ce beau jardin d'enfants qu'est la coalition à l'allemande, je vous invite à lire la tribune de Henrick Enderlin sur le site du Monde.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida