Baylet, opportunément radical

28/05/2007 - 12h31
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Baylet, opportunément radical

 

On vous parlait la semaine dernière d'Eric Besson, cet antihéros houellebecquien, arrêtons nous une seconde aujourd'hui sur la figure plus ordinaire de l'opportuniste décomplexé : Jean-Michel Baylet, peu connu président du parti radical de gauche (PRG, dont la vedette est Christiane Taubira) et allié du parti socialiste dans la plupart des scrutins. A peine les socialistes eurent-ils subi la défaite du 06 mai, que le président du PRG s'emporta dans le Figaro contre les divisions socialistes et leur sens inouï de la défaite, tout en soutenant nommément Ségolène Royal, sans oublier de saluer Nicolas Sarkozy et faire des appels du pied à Jean-Louis Borloo, son homologue du parti radical dit "valoisien". Mieux : l'opportuniste décomplexé entame sa démarche sans réellement consulter les cadres de son parti, qui s'émeuvent quelques jours plus tard des décisions primesautières de leur président. En revanche la démarche s'est faite sous le regard bienveillant de Nicolas Sarkozy qui voit dans l'unité radicale retrouvée une nouvelle pierre pour construire la tombe de François Bayrou.

 

Petit rappel historique : jusqu'en 1971, le parti radical regroupait un ensemble hétéroclite d'humanistes progressistes attachés à la laïcité mais en conflit interne sur les questions sociales et économiques. Du début du vingtième siècle à l'entre-deux guerres durant laquelle il connut son apogée, il connaît une belle fortune politique et dirige de nombreux gouvernements. Après le congrès d'Epinay, le Parti scissionne entre centristes de droite modérée qui commencèrent à l'UDF de Valery Giscard d'Estaing avant de disparaître presque totalement dans les limbes de l'UMP. L'autre frange, le parti radical de gauche (qui changea de nom souvent, passons...) fut ,elle, satellisée par le parti socialiste, après quelques succès électoraux improbables notamment menés par Bernard Tapie.

 

Si Borloo a bien compris tout l'intérêt d'une démarche humaniste et sociale au sein d'une majorité de droite qui doit soigner en permanence son image, Baylet paie comme tous les partenaires du parti socialiste, une stratégie d'alliance qui le maintient en survie mais forcément en mauvaise santé. Le centre du paysage politique apparait donc désormais comme une terre d'avenir plus porteuse, puisqu'il permet les unions ponctuelles basées sur la concordance des idées ou plus prosaïquement sur les impératifs stratégiques de plus en plus mouvants. Problème : Baylet a encore besoin des 32 circonscriptions que lui réservent les socialistes pour exister à l'assemblée. Qu'à cela ne tienne, Baylet repousse les discussions à l'après-législatives, affirmant qu'il n'a pas l'intention de s'allier à la droite ( ce qui est pourtant "effectivement" le cas) puis reconnaissant dans un courrier aux militants récupéré par l'AFP, que la politique de Sarkozy est beaucoup moins à droite que sa campagne (...) beaucoup plus soucieuse que son programme de l'impératif de solidarité, beaucoup moins atlantiste en politique extérieure".

 

En résumé : Baylet estime possible de discuter avec la majorité, constate que ce sera plus simple avec les valoisiens que sans, pour ce faire reconnaît qu'il convient de faire le point sur les divergences et les convergences, ce qu'il fera volontiers après (théoriquement) avoir mené une campagne législative sur la nécessité d'une opposition à l'exécutif : très clairement, le président des radicaux demandent à ses électeurs de lui filer des voix de gauche pour pouvoir peser dans le futur débat avec la droite qui devrait lui permettre d'occuper le territoire centriste laissé en friche par un François Bayrou dans l'impasse. Diable ! Epaté par un tel souffle épique, son bureau national lui a donné quitus pour se lancer dans l'aventure. On les comprend : l'affaiblissement du parti socialiste entraîne ces temps-ci beaucoup de contorsions politiques ( y compris en interne soyons honnêtes) mais celle-là reste pour l'heure la plus audacieuse. Qui dit mieux ?

 

Par Daniel De Almeida

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