Pour l'électeur de gauche modérée, le plus dur hier soir n'était pas d'accepter la prévisible victoire de Nicolas Sarkozy mais bien de constater que les bons vieux réflexes du parti socialiste sont mieux rodés encore que sa capacité à prendre des toises électorales.
Alors que Ségolène Royal privilégiait le dynamisme du renouveau - basé sur le soutien de près de 17 millions d'électeurs - dès 20H02 Dominique Strauss-Kahn étalait un visage consterné (et consternant) sur le plateau de France 2. Certes le parti socialiste perd pour la troisième fois une élection présidentielle et la gauche est faible. Et DSK ne fait pas autre chose que rappeler ses fondamentaux politiques - la transformation du PS en parti social-démocrate, pro-européen et plus libéral économiquement - et se poser en homme de recours. Retour vers les primaires du PS, avec un Laurent Fabius qui a évoqué " la désorientation politique" du parti, critiquant de manière à peine voilée les démarches d'ouverture au centre de Ségolène Royal. Sur les mêmes plateaux, Julien Dray, Jean-Louis Bianco ou Arnaud Montebourg jouaient les fidèles lieutenant du major Royal, pariant sur l'engouement suscité par la candidate pour rénover le parti - et en tirer profit dans un avenir pas spécialement proche manifestement. Pendant que le parti le plus déprimant du paysage politique renouait devant des millions de téléspectateurs avec sa culture du réseau, les hiérarques de droite tout sourire y allaient de leur conseil presque sympa sur le mode " allez les gars, nous aussi on est passé par là c'est difficile bien sur mais vous avez cinq ans pour vous refaire la cerise".
Le parti socialiste leurré par son succès de 2004 aux régionales n'a en effet jamais osé la transformation que le 21 avril 2002 et le
referendum sur le TCE qui le coupa en deux nécessitaient pourtant. Au parti socialiste on trouve des antilibéraux nonistes aussi bien que des socio-libéraux, les premiers ayant autant de points communs avec l'extrême gauche que les deuxièmes avec l'UDF. Le parti socialiste est déstructuré, il attend son maitre : personne ne va trop disputer à François Hollande son statut de chef militaire pour la prochaine défaite de juin. Ensuite, le parti pourra tranquillement pratiquer l'étripage en famille en se demandant qui sera son prochain francois Mitterrand et quel sera le sens du nouveau Congrès d'Epinay. Le congrès qui lança la rénovation mitterrandienne d'union de la gauche. C'est l'histoire d'un parti qui n'a plus que des mythes. Epinay c'était en 1971, Mitterrand fut élu dix ans plus tard. Et cette fois ?
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida
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