
Technikart pose la question qui taraude les médias depuis le lancement du pureplayer libéral.
On trouve Jean Sébastien Ferjou un peu tendu à l'idée de devoir se justifier une fois de plus à ce sujet lorsque nous passons à la rédaction rue de Charonne. On en vient donc au coeur du sujet. Qu'est ce qui a bien pu pousser ce journaliste de TF1 et LCI , anciennement à "Sept à Huit" , à se lancer dans l'économie casse -gueule du web ? "On a eu envie de proposer quelque chose de différent car les médias sur le net parlent souvent d'une seule voix. La seule étiquette qu'on accepte, c'est d'être anti-bobos !", concède t-il.
Différents, c'est sûr. Exemples de tweets du compte d'Atlantico : "L'heure du tea-party a t-elle sonné en France ?", qui renvoie à un article expliquant que les Français sont déformés par "l'enseignement antilibéral dirigiste et socialiste". Ca, c'est dit. Mais le comble pour beaucoup sont les tribunes pro-Zemmour et anti-Hessel publiées mi-mars en Une du site. Bref, le fameux débat sur la liberté d'expression qui agite l'audiovisuel depuis qu'Eric Zemmour est arrivé sur France 2 et qu'Alain Soral est invité à "Ce soir ou jamais !" vient de débarquer sur le web.
A t-on le droit de tout poster ? Pierre Haski, confondateur de Rue 89 estime lui qu'Atlantico devrait être plus sélectif: "Quand ils publient un papier qui traite Hessel de 'vieux résistant gaga', pour moi, le problème n'est pas tant dans le fond que dans les facilités de langue, dans des textes injurieux, proches de la diffamation". De fait, beaucoup de journalistes se disent déçus car ils espéraient un site plus libéral économiquement et moins conservateur sur le plan des idées. Un site de gauche tendance DSK en somme...
"Il faudrait qu'il soient de droite, mais qu'ils pensent comme des gens de gauche", s'amuse Christophe Carron, rédacteur en chef de Voici.fr. "Ils osent le contre-pied dans un paysage de sites d'info dominés par l'autorité morale des anciens de Libé (Rue 89) et d'Edwy Plenel (Mediapart) c'est plutôt pas mal". Reste que pour un journaliste piger pour Atlantico revient un peu aux yeux des confrères à prendre sa carte à l'UMP. Le journaliste Hughes Serraf, plutôt libéral, est ainsi passé dans la douleur de Rue 89 à Atlantico en se faisant traiter de "petit Besson" sur Twitter.
"Ces catégories n'ont pas de sens. Les investisseurs de Rue 89, c'est pas non plus l'abbé Pierre et mère Térésa !" Il affirme avoir changé de site pour des raisons financières avant tout mais garde une dent contre ses anciens collègues: "Avant, j'étais leur caution de droite, maintenant je suis un vendu au sarkozysme. Mais les papiers de Rue 89, c'est du marketing ! Ils sont calibrés pour valider les préjugés anti-Sarko d'une certaine cible", balance t-il. "La presse papier est morte de cette guerre de chapelles, et la presse web prend le même chemin", conclut-il. En tout cas, la trêve sur le front Atlantique, c'est pas pour demain...
Marjorie Philibert
Extrait du dossier "Une Droite pas net", paru dans le numéro 151 de Technikart, en kiosque
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