
Les pure players de l'info peuvent désormais prétendre à des aides de l'Etat. C'est à cela qu'on reconnaît qu'un media a atteint sa maturité : quand enfin il peut lui aussi prétendre à l'argent public.
Quel est le principe ?
Jusqu'ici seule la presse et l'audiovisuel public pouvaient y prétendre, pour une somme qui représentera encore plus de 400 millions d'euros l'an prochain. (Et encore est-ce uniquement compter les aides directes auxquelles s'ajoutent un taux corrigé de TVA pour la presse etc...)
Dernier né de la générosité publique : un fonds d'aide à la modernisation créé en 2008 et doté de 20 millions d'euros pour aider les éditeurs de presse papier à développer leur édition en ligne.
Cette année le fonds a ouvert ses portes aux pure players (les sites d'infos qui ne sont pas des extensions web de medias classiques). Il ne s'agit que d'une forme de justice sociale, puisque jusqu'à présent l'état faussait la concurrence en finançant des sites de journaux comme le Monde ou Libération.
Bon alors combien ?
Le Monde nous apprend que Rue 89 devrait empocher 249 000 euros, Mediapart 200 000 et Slate 199 000. Xavier Ternisien ajoute "que des groupes comme La Dépêche, Bayard Presse ou Lagardère Active devraient être bien servis" sans préciser à combien s'élève cette manne.
Mais il est vrai que mieux aguerris aux arcanes administratives de l'aide sociale, les groupes de presse ont du ficeler d'impeccables dossiers, préparés depuis des mois.
Les jeunes inexpérimentés du net doivent encore potasser pour être à la hauteur de leurs glorieux aînés.
Mais alors, comment obtenir plus ?
Les pure players devraient tous créer des sections payantes. Ensuite, ils devraient se lancer collectivement dans une intense campagne de lobbying pour que l'Etat finance une partie de l'abonnement. Le modèle revendiqué serait celui de l'opération Mon quotidien offert, à travers laquelle l'Etat dépense 15 millions d'euros pour aider les jeunes de moins de 24 ans à recevoir une fois par semaine un quotidien chez eux.
L'opération vise à habituer les jeunes à lire des journaux papier. (rêvons un peu : au bout de quelques années, l'opération est un tel succès que l'Etat doit financer une opération "mon quotidien en ligne" pour réhabituer ces réacs de jeunes à lire sur le web puisqu'aucun de nos champions nationaux n'imprime plus de quotidiens).
Militez donc pour l'opération "mon pure player à portée de clics", qui permettra de financer par exemple un abonnement à Mediapart ou à Arrêt sur images. L'argumentaire ? Un abonnement à prix corrigé réservé aux lecteurs de plus de 50 ans, pour réduire la fracture numérique entre générations. Pour sauver le pluralisme. Pour la démocratie.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida