
L'UMP c'est le parti du peuple, c'est écrit dessus d'ailleurs : mouvement populaire. Alors à son université d'été, forcément c'est très détendu, ambiance merguez et humour de droite : on y papote avec bonhomie des bons arabes - pardon DU bon arabe - qui mangent du cochon - et on fait même des doigts à des journalistes un peu lourds avec leurs questions qui plombent le barbecue.
C'est ce qu'à fait Eric Besson, sémillant ministre de l'Immigration, qui en phase ultime de bizutage, multiplie les signes d'adaptation à l'ambiance très "lol" de l'UMP.
Il a fait un doigt à journaliste de Canal Plus qui tentait de le piéger lui et ses militants "progressistes" sur l'alliance avec Philippe De Villiers. Le militant ne s'en est pas laissé compter et a récité le laïus habituel sur l'ouverture. Et Besson d'exprimer manuellement un "dans ton cul" de bon aloi au journaleux provoc mais bredouille.
Pour justifier sa décontraction, le ministre a expliqué que "c'était un jeu" et argué d'une certaine complicité avec l'équipe télé.
Ben oui ça arrive dans les meilleurs fêtes foraines ça, une insulte qui part entre cousins, un bras d'honneur un peu primesautier. Si les convives n'ont pas trop bu de rosé ça ne dérape pas au-delà.Et puis on plombe pas les repas entre potes avec de la politique, tout le monde trouve ça lourd.
Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, la majorité a réussi l'air de rien une vraie révolution mentale. Après la présidentielle, Benjamin Berton écrivait sur Fluctuat un article où il évoquait l"ouverture d'une présidence beauf, en phase avec "le pays réel". "Sarkozy fait (...) tomber la légende selon laquelle le Président français serait porteur d'une singularité culturelle et incarne un spectre de consommation proche du bidochon. A l'inverse de Jacques Chirac, dont les lacunes étaient compensées par les points forts, Sarkozy n'a rien qui puisse plaider dans ce domaine en sa faveur : films de Christian Clavier, goût ostentatoire pour les grosses montres, idolâtrie des people (qui sont rarement les grands artistes et créateurs les plus respectés), mauvais goût vestimentaire avéré( ...) , il semble que pour la première fois depuis longtemps, la France ait un président qui lui ressemble plus qu'il ne ressemble à l'idée qu'elle se fait d'elle-même.
Désormais, la politique parle un langage simple : les concepts compliqués, la distance du monarque et la réserve des gouvernants, tout cet héritage mitterrandien poursuivi finalement par Jacques Chirac est remisé à la cave.Et quand on voit ces leaders socialistes, qui ressemblent tous à une bande de bourgeois névrosés, franchement qui regretterait un tel snobisme ? La désacralisation du langage politique s'accompagne aussi d'une décontraction des gestes. Après tout Benoit Hamon aussi a fait un doigt à des journalistes sur le plateau de Canal Plus. Ce n'est sans doute pas si grave.
D'ailleurs nous-mêmes en écrivant ces lignes on ne trouve pas que cela soit si terrible. C'est plutôt drôle le visage espiègle de Besson tellement psychorigide d'habitude. Ce n'est pas si grave cette histoire d'Hortefeux, on se doute bien qu'ils ne sont pas tous totalement racistes à l'UMP. C'est sans doute cela la révolution culturelle qu'a réussi la majorité et ce qui assure son succès. Désormais la beauferie manifeste fait partie du paysage politique. On est comme ça nous les Français, alors si ça vous va tant mieux, sinon changez de PMU.
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Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida