Nicolas Sarkozy et la nostalgie de l'industrie automobile

26/01/2010 - 11h26
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Nicolas Sarkozy et la nostalgie de l'industrie automobile
L'auteur
De Almeida Daniel
Daniel De Almeida

Quoi qu'on en dise dans les journaux ce matin, je suis certain que le moment préféré de Nicolas Sarkozy dans le débat d'hier fut celui qu'il eut avec Pierre Le Ménahès, le syndicaliste de l'industrie automobile.

Sarkozy l'a toujours dit : il aime les usines ("c'est beau une usine", avait-il lâché lors de la sa visite d'une fonderie dans l'Aisne il y a 3 ans) et il aime le monde ouvrier.

 

Plus exactement le président aime une certaine mythologie ouvrière. Celle qui parle de gens fiers qui ne renâclent pas à la tâche. Celle qui correspond au fantasme d'un monde où ceux qui travaillent plus gagnent plus.

 

Alors bien sur, dans ce contexte le syndicaliste CGT n'est pas forcément un allié, avec ses condamnations d'actionnaire et des salaires mirobolants - car le président reste plus fasciné par les gros salaires que par la condition ouvrière tout de même.

 

Mais Sarkozy adore parler d'usine et il faudra toute la bienveillance d'un Pernaut, très attentif à ce que tout se déroule sans accroc, pour qu'on puisse passer à autre chose (voir la vidéo en bas de ce billet). 

 

 

 

Un président qui se retrousse les manches

 

 

 

Mais même s'il a bousculé le président, Pierre n'est pas sorti de la rhétorique incantatoire et l'indignation. Il ne s'agit pas de l'en blâmer, il exprimait plus hier une exaspération sociale qu'une analyse ficelée de la situation; comme la plupart des invités d'ailleurs, ce qui constitue indéniablement la limite de ce genre de dispositif.

 

Du coup, le président a pu jouer le rôle qu'il préfère : lui aussi, à la manière d'un ouvrier consciencieux, se retrousse les manches pour sauver "la boîte".

 

 

 

Vous reprendrez bien un peu de symbole ?

 

Et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles le président n'aime rien tant que de discuter de l'industrie automobile (il est nettement moins à l'aise sur l'économie numérique et les technologies de l'avenir). Ce fut longtemps un secteur stratégique - lié par ailleurs à l'industrie de défense- dans lequel l'Etat avait un grand rôle à jouer.

 

Dans l'imaginaire collectif, la voiture c'est l'image de notre pays, un symbole de la bonne santé économique. Et le symbole hier soir c'était important, il n'y avait même que cela du symbole. 

 

 

 

Le passé glorieux de la France

 

 

 

La fabrication de bagnoles évoque donc irrésistiblement le passé glorieux de l'industrie française. Elle fut l'un des leviers de la formidable croissance d'après-guerre. Tous les grands pays industrialisés y ont tiré une bonne part de leur développement économique. Mais la voiture fut aussi un message adressé au monde :  le fameux savoir-faire de la main-d'oeuvre allemande a longtemps été symbolisé par la qualité des Volkswagen et des Audi.

 

La bagnole, c'est la nostalgie de la croissance et d'une certaine fierté nationale. Elle a donc un gros poids symbolique pour un président qui ne peut plus agir que de manière symbolique dans la plupart des dossiers économiques. Et le symbole hier soir comme vous savez...

 

 

 

Ne pas désespérer Billancourt

 

 

 

Volià pourquoi il fallut toute la bienveillance d'un Jean-Pierre Pernaut - un peu inquiet que le sympathique apéro parte en sucette - pour stopper le débat entre Pierre et le président.

 

Sarkozy a commenté la stratégie de Renault comme s'il pouvait réellement la piloter. Comme si en 2010, un président de la République pouvait décider à moyen terme des choix industriels d'une multinationale, même en en possédant encore 15 %.

 

"Je n'accepte pas que des voitures qui sont vendues en France soient construites à l'étranger. (...) Pour la partie de la Clio 4 vendue en France, ce sera à Flins (Yvelines)."

 

Combien va coûter au contribuable ce type de choix ? Croit-on sincèrement qu'on va fabriquer en France tout ce qui s'y vend ? Est-ce seulement souhaitable ?

 

Tout ce que peut faire le Chef de l'Etat c'est injecter de l'argent et retarder la mutation dont tout le monde flaire l'issue : Il y a de grandes chances que dans un avenir raisonnable on ne fabrique plus de bagnoles dans ce pays.

«Monsieur, on peut avoir des désaccords mais convenez que le plan de soutien à l'automobile a protégé l'emploi» tentera le président. « Non », rétorque Pierre le syndicaliste qui estime que le gouvernement a échoué et que "ça se saurait si les aides publiques avaient sauvé l'emploi". . Sarkozy tique un peu. Gaffe quand même à ne pas désespérer Billancourt...

Par Daniel De Almeida

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