Megaupload : Kim Schmitz, l'Al Capone du piratage

12/12/2011 - 17h16
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Megaupload est probablement le plus gros des sites d'hébergement de fichier, mais c'est aussi de plus en plus un site de streaming avec Megavideo, et bientôt aussi un site de VOD, Megamovie. A ce titre, il est dans le collimateur des industries de la musique et du film qui l'accusent d'être un outil de piratage, des fournisseurs d'accès comme Orange qui l'accusent d'utiliser trop de bande passante et des législateurs sous les pressions des deux lobbys précédents (Nicolas Sarkozy visait exactement ce genre de site en évoquant un Hadopi 3).

 

A priori, on peut avoir de la sympathie pour Megaupload et les sites similaires, d'abord parce qu'on les trouve bien utiles, et pas que pour télécharger du contenu "illégal", mais aussi parce que des années de lutte insensée et destructrice contre internet par l'industrie du copyright ont fait qu'aujourd'hui on pense systématiquement que leurs ennemis sont nos amis. C'est bien sûr loin d'être le cas.

 

Dans la guerre de communication qui l'oppose à ces puissants ennemis, Megaupload a frappé un grand coup en mettant en ligne la "megasong", une sorte de "We Are The World" rassemblant Kanye West, Puff Daddy, Will.I.Am, Chris Brown et d'autres artistes travaillant pour leurs opposants. La megasong réussit même à être pire que "We are the world" et toutes les chansons des Enfoirés en adoptant une esthétique qui évoque l'équivalent musical d'une infographie. Il faut dire que ces grands artistes ne chantent pas vraiment dessus, mais ont simplement acordé une petite citation sur le mode : "J'utilise megauplad pour envoyer mes chansons à mon public parce que Megaupload, c'est trop bath. Bon, où est le champagne maintenant ?"

 

 

Ca n'est pas bien difficile d'obtenir le "soutien" d'artistes mondains avec un peu de champ' et un bon gift bag, de nos jours. Et ça ne les engage pas à grand chose : un petit tour sur leurs sites respectifs révèle vite que si parfois ils utilisent des sites semblables à Megaupload (Filesonic, Mediafire... ils sont légions) pour mettre en ligne un remix, la plupart du temps ils renvoient vers Youtube, iTunes, AOL... ou tout autre service qui leur offrira une rémunération en contrepartie. Ils ont de toute façon tous des équipes entières pour s'occuper de leurs sites web et ne connaissent sans doute pas la différence entre Spotify et un torrent.

 

Universal Music a obtenu que YouTube retire la vidéo de la Megasong en prétendant qu'elle en détenait le copyright. C'est probablement faux, même si les contrats entre Universal et les différents artistes qui apparaissent sur la chanson pourraient compliquer la situation. C'est différent d'utiliser l'image et la voix d'un artiste dans un reportage et dans une chanson. Megaupload a officiellement protesté, traitant Universal de délinquant, mais ses méthodes ne sont pas tout à fait clean, à vrai dire. Ajoutons à ça que les chiffres impressionnants mentionnés dans la chanson sont invérifiables, et on se dit que l'opération commence à sentir l'arnaque.

 

 

 

Un passé sombre et un avenir douteux

 

Megaupload est une entreprise dirigée par Kim Schmitz, dit "Kim Dotcom", un investisseur / hacker allemand au passé peu glorieux. Après avoir été d'abord condamné pour recel d'objets volés par le crime organisé et hacking de systèmes informatiques officiels, il a ensuite été reconnu coupable d'un des plus gros délits d'initié de l'histoire de la finance allemande. Il y a quelques années on a retrouvé sa trace en Nouvelle Zélande, où il se faisait passer pour finlandais et dirigeait secrètement Megaupload et tous les autres sites de la famille "mega".

Dans un entretien avec le site Torrentfreak, Kim Schmitz explique qu'il a de grands plans pour faire des sites "mega" un empire du divertissement financé par sa propre régie de publicité. Il y aurait selon lui plein d'argent à se faire, et il ne demanderait qu'à rémunérer les artistes. On ne doute pas qu'entre les abonnements premium et la publicité sur chaque page, Megaupload est déjà certainement très rentable, mais on serait bien étonné qu'un seul artiste voit jamais de l'argent de Megaupload. Si ça avait jamais été dans les objectifs de Megaupload, ils auraient pu le faire depuis des années. Le fait est que, de toute façon, même si cette nouvelle volonté était sincère, personne ne voudra jamais passer de deal avec eux aujourd'hui.

 

Megaupload et les sites similaires ont énormément bénéficié de la peur du peer to peer instaurée par les successives lois DAVDSI, HADOPI et autres. Le résultat de cette guerre au peer to peer, c'est qu'aujourd'hui au lieu de réseau décentralisés on se retrouve avec des barons du piratage comme Schmitz qui profitent des politiques répressives pour s'engraisser injustement sur le dos des ayants-droit, exactement comme les défenseurs du partage accusent Universal et les autres de s'engraisser sur le dos des artistes. Au final, ces derniers ne sont pas plus riches. Schmitz voudrait qu'on le voit comme un Robin des Bois, mais sa situation est plutôt comparable à celle d'Al Capone au moment de la prohibition : la loi qu'il viole est peut-être injuste et inapplicable, il n'en reste pas moins un truand.

 

Par Cédric Le Merrer
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