
De Ségolène Royal qui voit DSK en "chef de gouvernement", en passant par les dénégations compulsives d'Eric Woerth, le joyeux anniversaire de Brigitte Fontaine à Nicolas Sarkozy et l'appel à la révolution d'Eric "Che Guevara" Cantona, Fluctuat passe en revue les citations cultes de l'année 2010.
La plus redondante : Eric Woerth
Avant d'être lâché par l'Elysée, Eric Woerth aura tenu coûte que coûte sa ligne de défense dans l'affaire Bettencourt : "je ne mens pas". Une antienne répétée à tue-tête devant toute caméra ou micro se présentant à lui, et qui à force de révélations a viré au comique de répétition.
"Je n'ai jamais menti, je ne mens à personne, je ne mens pas à la justice, je ne mens pas aux Français, je ne mens à personne, et j'ai une conscience qui est la mienne, qui est celle d'un homme honnête (...) je ne mens pas, je dis la vérité."
La plus culottée : Ségolène Royal
Ségolène Royal a beau ne plus avoir la même cote qu'en 2006, la candidate PS aux dernières élections présidentielles n'en perd pas pour autant son aplomb. Annonçant sur France Inter sa candidature aux futures primaires socialistes, elle n'oublie pas son cher Dominique Strauss-Kahn, qu'elle en voit en... parfait Premier ministre.
"S'il ne revient pas, de toute façon, il sera indispensable à notre équipe, et vous le savez très bien, puisque ça avait été évoqué en 2007, Dominique Strauss-Kahn est le meilleur chef de gouvernement que la France pourrait avoir en pleine crise monétaire internationale."
La plus Godwin : Rose Bosch
Lors de la promotion de la sortie en DVD du film La Rafle, consacré à la rafle du Vel d'Hiv, la réalisatrice Rose Bosch a décroché un joli point godwin en comparant à Hitler ceux qui restaient insensibles à son oeuvre :
"Je me méfie de toute personne qui ne pleure pas en voyant le film. Il lui manque un gène, celui de la compassion (...) On pleure pendant La Rafle parce que... on ne peut que pleurer. Sauf si on est un « enfant gâté » de l'époque, sauf si on se délecte du cynisme au cinéma, sauf si on considère que les émotions humaines sont une abomination ou une faiblesse. C'est du reste ce que pensait Hitler : que les émotions sont de la sensiblerie. Il est intéressant de voir que ces pisse-froid rejoignent Hitler en esprit, non ?".
La plus expiatoire : Jean-Luc Delarue
Placé en garde à vue dans le cadre du démantèlement d'un trafic de stupéfiants, Jean-Luc Delarue a enfin assumé son addiction à la cocaïne (son dérapage dans un avion était officiellement dû à l'alcool).
"Je vais essayer de parler sans réfléchir, de présenter mes excuses à tous ceux que j'ai pu offenser, ou décevoir. Je veux pas donner le mauvais exemple, vous dire qu'il y a des moments qui sont plus durs que d'autres dans la vie, que les histoires que je reçois de mes invités, je les prends parfois un peu dans la poire. Parfois ça me protège, mais je suis conscient que c'est pas bien pour la société, pas bien pour moi. (...) Je vais tout faire pour mériter votre confiance et je croirai en la deuxième chance si vous me la donnez."
La plus Che Guevara : Eric Cantona
Interrogé en octobre par Presse Océan, Eric Cantona explique comment faire la révolution en 2010 : en faisant sauter le système bancaire.
"Manifester dans la rue c'est quoi ? C'est plus ça... On ne va pas prendre les armes et aller tuer les gens. Le système est bâti sur le pouvoir des banques, donc il peut être détruit par les banques. Au lieu qu'il y ait trois millions de gens dans la rue, ces trois millions de gens vont à la banque et retirent leur argent et les banques s'écroulent".
Relayée par un collectif et un site internet (http://www.bankrun2010.com/) qui donne rendez-vous aux révolutionnaires le 7 décembre, la bombe Cantona finit en pétard mouillé et aura juste servi à animer les débats télévisés.
La plus radicale : Arnaud Montebourg
Grâce à Pierre Carles, qui l'a "piégé" dans son dernier film, "Fin de Concession", on a découvert en 2010 ce qu'Arnaud Montebourg pensait vraiment de TF1. Et le député et président du Conseil Général de la Saône-et-Loire n'y va pas de main morte avec la "boîte à con".
"C'est le moment de taper sur TF1. Il faut leur mettre la tête sous l'eau. C'est la télévision de la droite, c'est la télevision des idées qui détruisent la France, la télévision de l'individualisme, la télévision du fric, la télévision du matraquage sur la sécurité".
Une saillie que Montebourg assumera finalement en "on", réitérant ses attaques dans une lettre ouverte au PDG de TF1, Nonce Paolini : "S'il est des excuses à présenter, je crois que c'est plutôt TF1 que devrait les présenter à la France (...) Vous avez participé avec méthode et constance à l'appauvrissement de l'imaginaire collectif des Français (...) Il n'est donc pas illégitime de penser que votre chaîne porte une responsabilité considérable dans la dégradation à la fois du niveau du débat démocratique français mais également de la représentation que les Français peuvent avoir d'eux-mêmes."
La plus trash : Brigitte Fontaine
28 janvier 2010. Invitée de la bien nommée émission de Ouï FM, Des Croissants dans l'acide, Brigitte Fontaine souhaite un joyeux anniversaire à Nicolas Sarkozy. Mais pas vraiment dans le style du "happy birthday to you Mr President" de Marilyn Monroe à JFK...
"Monsieur le Président je vous gratte le cul très fort avec une fourchette, je vous crache dans les yeux, je mords jusqu'au sang vos mollets de coq, je vous râpe le nez jusqu'à ce que vous ayez l'air d'un lépreux, je vous pends par les couilles, je dévore votre foie, je vous gerbe à la gueule et je signe Riri la crème, bien connue des services de police."
La plus provoc : Morrissey
Habitué des sorties bien réacs, voire carrément racistes, l'ancien chanteur des Smiths a de nouveau dérapé en septembre dernier dans un entretien accordé au Guardian. Cette fois sur les Chinois, qualifiés de sous-espèce.
"Est-ce que vous avez vu la façon dont ils traitent les animaux ? Absolument épouvantable. On ne peut pas s'empêcher de penser que les Chinois sont une sous-espèce."
Bien sûr, Morrissey a prétexté qu'il s'attaquait à la maltraitance des animaux (son cheval de bataille), mais l'auteur de "Bengali in Platform" ("Bengali, enterre tes rêves occidentaux/Et comprend que la vie est déjà difficile quand tu es d'ici") n'en est pas à son coup d'essai. En 2007, ses propos sur l'Angleterre submergée par l'immigration avait déjà laissé entrevoir le côté obscur du personnage.
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco