J'ai passé une semaine sur Coopol

10/03/2011 - 10h56
J'ai passé une semaine sur Coopol
L'auteur
Beernaert  Virginie
Virginie Beernaert

 

Début 2011, David Assouline, le directeur de publication de la Coopol, dressait un bilan extrêmement positif du réseau social socialiste. Une réussite qui ne sautait pas forcément aux yeux. Pour en avoir le coeur net, à un an de la présidentielle 2012, Fluctuat a sacrifié un membre de son équipe en lui demandant de passer une semaine sur Coopol.

La Coopol, c'est The place to be pour tout bon militant du Parti Socialiste. Le choix du nom n'a pas été laissé au hasard, entre "cool" et l'Acropole des Athéniens (les pères de la démocratie !). C'est en fait la contraction de la "coopérative politique" que le site entend être pour "toutes celles et de tous ceux qui veulent débattre et agir à gauche." Curieux de connaître l'ambiance et l'intensité des débats sur la Coopol, je m'y suis donc inscrite sur dans le but d'y passer une semaine, histoire de voir ce que ce nouvel outil a dans le ventre.

 

 

 

Jour 1

 

11h : L'arrivée sur le site est un peu aride. Vert et rouge, le design est loin d'être exceptionnel (doux euphémisme) et la plateforme pas vraiment intuitive. Je crée mon profil. Nom, adresse mail, photo, je remplis tout consciencieusement. Dans la rubrique des "données personnelles", on me demande, outre ma date de naissance et mon adresse, de renseigner mes engagements locaux. A défaut d'autre chose, j'inscris le nom de mon bureau de vote : Saint Félix, à Nantes. Le vide de mes activités politiques se révèle plus difficile à combler, je me rattrape sur les centres d'intérêt politique (36 choix) : action sociale, la culture, les droits de la femme et l'éducation.

 

14h : Je pars à la recherche de "coopains" (nom donné aux contacts sur Coopol). Timide, je commence par inviter des amis (des vrais) à s'inscrire sur le réseau social (au final, ils seront 3 sur 12 à obtempérer). Puis je décide de "taper" dans les jeunes en rejoignant la section MJS de Loire-Atlantique (une des plus fournies avec 47 membres). Pas de chance pour moi : sur la page de la section, la dernière activité date de l'été 2010... Pour le partage avec des gens proches géographiquement, on repassera.

 

Avant de partir, je fais un tour des groupes de discussions, like quelques posts, laisse deux commentaires. Pour l'heure mon profil est encore minimaliste.

 

 

 

Jour 2

 

11h30 : depuis les différents scandales liés à Facebook, je me risque à jeter un oeil aux mentions légales. Bien : mes données personnelles sont protégées et ne seront pas utilisées à des fins commerciales (et à des fins politiques ?). Surprise : il y a une équipe d'animation sur la Coopol dont les membres répondent au nom de... coopilotes. Leur rôle (théorique) sur le site : supprimer les contenus abusifs, voire suspendre la participation d'un membre. Mais "les coopilotes sont avant tout là pour animer le réseau, former aux outils et orienter les nouveaux membres". Je spoile, mais de tout mon séjour sur la Coopol, je n'en aurais jamais croisé aucun.

 

11h45 : De clic en clic, j'atterris sur la Charte de la Coopol. "Plus qu'un réseau social, la coopol est un espace où l'on débat et où l'on agit : des outils d'échange, de prise de contact, de publication d'organisation et de mobilisation (groupes, agenda et missions). Ces outils sont mis à la disposition de chacun pour préparer les victoires que nous espérons." Bon, moi je suis surtout là pour débattre et voir quelles sont les idées présentes sur le site et dans quelle mesure elles sont susceptibles de remonter plus haut dans le parti.

 

Midi : Le site rame, c'est une horreur. Je suis à deux doigts d'aller souscrire au groupe "Pour que le site de la Coopol soit plus rapide".

 

13h08 : Mon commentaire laissé sur un groupe a porté ses fruits auprès de son administrateur. J'ai mon premier coopain !

 

15h15 : pour me faire une idée de l'activité de la Coopol, je regarde la liste des groupes. Ceux qui ont moins de dix membres sont légion. Les groupes les plus "peuplés" sont les suivants : "Pour le droit de vote des étrangers résidents en France aux élections locales" (2236 membres) et "Groupe de soutien à la candidature de Ségolène Royal" (1853 membres).

 

16h : je finis par adhérer à deux groupes, sur lesquels ça a l'air de bouger : "PoliTICS : révolution numériques et enjeux sociaux/ politiques de l'internet" et "Non au travail le dimanche". Dans le premier, je commente un article posté sans explication par un Coopolien, en le prenant à parti ; dans le second, j'argumente à la suite des autres, contredisant le dernier post.

 

Fin de ma journée coopolienne.

 

 

 

Jour 3

 

10h : Je constate que je ne peux pas voir qui a liké mes participations. C'est pas comme ça que je vais me faire de nouveaux coopains...

 

10h15 : Aucune réponse à mes posts et commentaires. Ca ne m'étonne qu'à moitié. Comme j'ai bloqué les notifications (faut pas exagérer non plus : elles sont signalées uniquement par mail et ma messagerie est déjà assez spammée comme ça !), je dois aller vérifier sur chaque groupe si une nouvelle personne a participé.

 

Le principe de participation est vraiment fastidieux, ce qui ne m'encourage pas à aller m'incruster dans d'autres groupes. Pour participer à une discussion, la taille maximale d'un message est de 500 signes. Trop peu. Et je ne suis pas la seule à répondre en deux, voire trois messages, ce qui a pour effet de m'exaspérer et d'encombrer la timeline.

 

Autre détail agaçant : on quitte le mur de la discussion pour regarder le commentaire d'un post ou pour commenter soi-même.

 

11h30 : Relou, je ne peux même pas publier des infos sur mon profil... parce que je n'ai pas de mur.

 

16h20 : J'ai un nouveau coopain ! Et en plus, il a répondu à ma demande d'explication sur son article. La réponse est personnelle et détaillée. Malgré quelques tracasseries techniques, je commence à envisager qu'on puisse discuter sur la Coopol.

 

 

Jour 4

 

10h20 : 8 groupes de "discussion" ont été créés en 3 jours : 3 sur les cantonales, 2 sur l'orientation politique du PS, 1 sur le capitalisme, 1 sur les relations franco-tunisiennes. Peu d'activité dessus.

 

11h 45 : Un de mes amis qui a eu l'honneur de recevoir une de mes invitations pour la Coopol me fait un retour sur le site. Visiblement on n'a pas traîné aux mêmes endroits. Sur le site et IRL.

 

"L'interface est plutôt mal foutue et moche, pas du tout intuitive. En naviguant bien, on peut même tomber sur des threads ayant très peu à voir avec le projet socialiste en soi (organisation d'ateliers bizarres en tout genre)", m'explique Thomas. "Très rapidement, les débats partent en vrille, des meilleurs moments de manifs à l'allure des hommes et femmes politiques, en passant par la promotion d'espaces buvette et autres".

 

Peut-être est-il tombé sur ça ?

 

 

Ou sur cette perle nostalgique ?

 

 

A moins qu'il ait croisé les trolls de Fous Homosexuelle et Endiablés (alias Problème à Gaza), qui profitent du laxisme des coopilotes. 

 

"Étonnamment, par contre, ce site n'est pas le meetic pour militant socialiste que j'espérais", poursuit mon pote Thomas, décidément désespéré. "Connaissant un peu le milieu militant, je sais qu'IRL, les jeunes socialos mangent, dorment, respirent et baisent PS 24h sur 24. C'en est réellement flippant : 'on sort entre nous, on couche entre nous, on s'écoute parler entre nous'. Bref, je m'attendais à ce que ça soit le cas aussi sur les internets. Et en fait non. J'ai beau avoir fouillé, y'a pas grand chose. Déception."

 

En effet, pour les rencontres, il faudra repasser. La Coopol me semble de plus en plus un lieu où il est difficile de lier des relations. En témoigne le groupe "Marre des cons qui veulent être coopains avec tout le monde".

 

 

Jour 5

 

11h05 : Je tombe sur le groupe "la jeunesse et le projet 2012". Julie Courtemanche y publie des sondages pour le Laboratoires idées du PS.

 

 

 

 

Dommage qu'il y ait peu de votants... J'ai hâte de voir comment elle va utiliser des résultats venant d'une quinzaine de personnes !

 

Midi : Je commence à me lasser, ne plus trouver quoi dire faute de débat suivi. Et même si je participais en masse, checker les réponses (ou plutôt l'absence de réponse) serait tellement fastidieux que je laisse tomber.

 

14h : Il n'y a pas de nouveau groupe depuis hier et le groupe créé la veille n'a toujours qu'un seul membre. Pourtant il tente de lancer le débat : "Le système économique reprend du souffle, le social il en manque, c'est notre affaire. Et vous ?". En vain.

 

14h05 : Je crée moi-même un groupe public, "2012 : et si c'était Dominique Strauss-Kahn ?", auquel j'invite mes coopains. J'y poste un article un peu polémique dépeignant DSK en homme de droite. Réactions tièdes.

 

Je me délogue. Ca me déprime. Le débats me laissent sur ma faim. Au final, je n'aurais pas réellement discuté, faute de relations suivies avec les autres Coopoliens.

 

Je reste aussi frustrée par les outils de discussion proposés dans les groupes. Dans les types de post apparaissent toutes sortes de choses (billet, image, vidéo, son, fichier, lien, argument, compte-rendu, courrier, note, tract), mais, en réalité, dans les groupes publics, tu ne peux poster que les 5 premiers.

 

Si le site était réellement destiné au débat, il faudrait davantage de modération, or je n'ai jamais croisé de coopilotes (pour raconter cette semaine sur Coopol, j'ai dû y rester quinze jours, c'est dire). Force est de constater que Coopol n'est pas un site pour discuter politique (tant pis pour mes rêves de réinvention du PS). Mais alors, à quoi sert-il ?

 

Par Virginie Beernaert

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