
Depuis l'arrestation de deux enfants âgés de 6 et 10 ans pour un vol supposé de vélos, mardi en Gironde, la polémique enfle autour des méthodes de la police française. Le gouvernement et l'UMP se sont désolidarisés de cet excès de zèle. Mais n'est-il pas le fruit de la politique du chiffre inculquée aux forces de l'ordre ?
Des jeunes même pas adolescents cueillis à la sortie de l'école et emmenés au poste par une escouade de six flics. Voilà une image dont la majorité se serait bien passée. Pas question ici de louer le travail de la police, sur fond de guerre des bandes et de montée de l'insécurité. Le Ministre de l'Education Xavier Darcos et son homologue de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie la jouent profil bas. Cette dernière a demandé l'ouverture d'une enquête interne pour comprendre comment un tel déploiement a pu être mis en place pour une histoire somme toute banale.
Attention, l'interpellation s'est déroulée "sans menottes ni rudoiement", nous rassure le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Albert Doutre, droit dans ses bottes face aux critiques qui ont fusée ses derniers jours. Sans doute la seule personne en France à assumer un épisode qui salit un peu plus l'image déjà désastreuse de la police française. Aymed Korbosli, secrétaire régional de l'Unsa-police-le-syndicat-unique, a d'ailleurs condamné ce type d'interventions commandées par "la religion du chiffre et des statistiques".
On peut en effet s'interroger sur le lien entre cet évènement et la politique du chiffre promue par Nicolas Sarkozy depuis son passage à l'Intérieur, entre 2005 et 2007. Une politique qui pousse la police à privilégier les délits au taux d'élucidation élevé (possession de cannabis, racolage, ivresse sur la voie publique, sans papiers, etc.) au détriment des affaires plus complexes. Une méthode qui permet de communiquer sur des statistiques avantageuses. Mais offre aux représentants de la loi un rôle peu reluisant qui nourrit le ressentiment des français (et pas qu'en banlieue) envers l'uniforme.
Plus cocasse, l'indignation de Frédéric Lefebvre dans son communiqué de jeudi : "L'arrestation d'un enfant de 6 ans soupçonné du vol d'un vélo à la sortie de l'école n'est pas acceptable". Le porte-parole de l'UMP nous jurait pourtant il y a quelques mois les bienfaits de la détection des futurs délinquants dès la garderie. Il faut croire que la majorité a depuis pris conscience des effets secondaires de son discours sécuritaire. Sans doute un peu tard pour combler le fossé qui se creuse inexorablement entre policiers et citoyens.
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco