
Promulguée le 13 juillet 1990, sous le gouvernement Rocard II, la loi Gayssot avait pour but de "réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe" et de rendre délictuelle la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité, comme le génocide juif. Ce qui interdit de facto aux négationnistes et révisionnistes de s'exprimer publiquement.
Depuis plusieurs années, la loi Gayssot subit de plus en plus de critiques. De ceux qui sont censurés par le texte comme par les défenseurs de la liberté d'expression qui estiment qu'il vaut mieux combattre les idées par le débat plutôt que de les faire tomber sous le coup de la loi.
Dominique Jamet comprend la motivation de la loi Gayssot, qui limite la liberté d'expression en raison du "crime exceptionnel qu'a été la tentative de génocide des juifs par le 3e Reich". Selon lui, cette restriction est "très déplaisante au sens des principes et très compréhensible au sens de l'affectivité, de la morale". Toutefois, Jamet regrette cette censure qui gêne notamment le travail des historiens.
Plus virulent, Robert Ménard juge que "la politique n'a pas à se mêler de l'histoire". "C'est absurde parce que c'est inefficace. La loi Gayssot date d'il y a une vingtaine d'années. Est-ce que vous pensez qu'il y a moins de révisionnisme et de négationnisme aujourd'hui ? Evidemment pas, il y en infiniment plus", assène l'ancien président de Reporters sans Frontières.
L'avocat Emmanuel Pierrat enfonce le clou sur l'aspect contre-productif de la loi Gayssot, et parle même de la "martyrologie" développée par les négationnistes comme Robert Faurisson : "On a produit une forme de clandestinité beaucoup plus propices à ces idées là que si on les avait laissées s'exprimer librement et combattues". Et Pierrat de rappeler qu'aux Etats-Unis, pays de la liberté d'expression totale, "le Ku Klux Klan n'a pas prospéré", alors que les thèses négationnistes semblent séduire de plus en plus en France.
Certains sujets sont difficiles à traiter. Parfois leur évocation est même interdite par la loi. Le 11 septembre, le négationnisme, la pédophilie, l'usage des drogues... les exemples ne manquent pas.
Pour comprendre pour une telle chape de plomb s'est abattue sur ces thématiques, et poser la question de l'efficacité de cette approche, Fluctuat est allé interroger l'avocat Emmanuel Pierrat, le journaliste Robert Ménard et le journaliste et écrivain Dominique Jamet pour une série d'entretiens vidéos sans concessions.
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