
En nette baisse lors de la dernière présidentielle, où Nicolas Sarkozy avait efficacement siphonné son électorat, financièrement ruiné et en proie à de profondes querelles internes concernant la succession de Jean-Marie Le Pen, le Front National pourrait pourtant se refaire une santé à l'occasion des élections européennes où le scrutin proportionnel joue en sa faveur.
Depuis le temps que la fin proche du FN nous est annoncée par les politologues, faut-il encore s'étonner quand le parti d'extrême droite dément les pronostics ? Certes, le Front est en difficulté et l'âge du chef ne laisse pas présager un avenir radieux, avec l'étripage annoncé entre sa fille et ses lieutenants. Mais dans le climat actuel de crise économique, de montée de l'anti-sarkosysme et de désamour européen, il y a un terreau pour voir les idées brunes reverdir.
Pascal Riché de Rue 89 avait beau, en mars dernier, voir dans le détournement de Jaurès sur une affiche de campagne pour les européennes un "signe que le Front National va très, très mal", rien n'indique donc qu'il est l'heure d'enterrer les frontistes. Dimanche sur le plateau du Soir 3, on a ainsi vu une Marine Le Pen en verve amorcer la contre-attaque en dénonçant les dérives de Bruxelles. La tête de liste de la région Nord-Ouest estime pouvoir récupérer une partie des voix draguer par Sarkozy en 2007 : "oui en partie, mais pas seulement. Je pense également qu'une partie des électeurs de gauche sont profondément déçus aujourd'hui de l'action de la gauche." Et Marine d'annoncer que "le Front National va créer la surprise. On voit dans les sondages, d'ailleurs, une nette progression du Front National."
La dernière enquête publiée montre effectivement que le Front, crédité de 8% des intentions de vote, semble bien parti pour faire au moins aussi bien que lors des scrutins européens précédents (9,8% en 2004; 5,69% en 1999; 10,5% en 1994). La "réacosphère" se gargarise au passage des détails de ce sondage CSA/Le Parisien, qui indique 18% des 18-24 porteraient leur bulletin en faveur du parti à la flamme. Un phénomène pas vraiment nouveau (voir cet article de L'Express de 1996 sur le renouveau du FN), mais qui nous rappelle que le discours du FN continue de faire mouche au près des jeunes. Preuve que le parti incarné par le vieillisant Jean-Marie Le Pen n'a sans doute pas dit son dernier mot. A lire aussi : Entretien avec Sylvain Crépon, auteur de La nouvelle extrême droite
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco