
Suite au décès de Georges Frêche, emporté dimanche par une crise cardiaque, les socialistes ont mis de côté leurs différents avec l'Empereur du Languedoc-Roussillon pour rendre hommage au "grand élu visionnaire et bâtisseur" (Aubry) qui "avait le souci du peuple" (Hamon) et a marqué l'histoire de Montpellier pour "en faire une très grande capitale non seulement régionale mais nationale et internationale" (Mandroux).
Oubliés, donc, ses dérapages verbaux sur les harkis "sous-hommes", le trop grand nombre de joueurs noirs en équipe de France ou la "la tronche pas catholique" de Laurent Fabius, pour qui "il faut garder le bon côté, le meilleur", de George Frêche.
Certes, "la mort amnistie toutes les fautes de sa vie", comme le notait ce matin Guy Carlier dans sa chronique sur Europe 1. On peut tout de même souligner le grand écart intellectuel auquel se livrent les cadres du Parti Socialiste, et le calcul politique qui se cache sans doute derrière ces épitaphes. En guerre contre Paris, Frêche était intouchable à Montpellier et dans le Languedoc-Roussilon, comme l'ont rappelé les dernières élections régionales, et la récupération de son électorat est un véritable enjeu en vue de 2012.
Avant : "Le Languedoc-Roussillon ne sera pas socialiste", jurait la première secrétaire du PS, qui avait donné son soutien à Hélène Mandroux contre George Frêche lors des régionales 2010. "Quand on ne tient plus des propos qui se référent aux valeurs de la gauche, je crois qu'il vaut mieux changer d'équipe. C'est ce que nous avons fait". Aubry avait même mis en scène son opposition à Frêche en lui offrant un panier garni moquant ces innombrables déparages.
Après : Suite au décès de Frêche, Martine Aubry a salué le "grand élu visionnaire et bâtisseur dont le nom restera à jamais lié à Montpellier et à sa région". "Au-delà des désaccords que nous avons pu avoir, je souhaite me souvenir d'un homme courageux et engagé".
Avant : "Ces propos ont évidemment un caractère antisémite. Ca ne vient pas de n'importe qui, ça vient de quelqu'un de très cultivé, qui a des responsabilités importantes et qui n'en est pas à son premier dérapage", avait réagi Fabius suite aux déclarations de Frêche sur sa "tronche pas catholique".
Après : "C'était un personnage controversé. C'est vrai qu'il avait tenu des propos contestés dans différentes circonstances, mais je crois qu'au moment où il s'en va, il faut prendre un peu de recul, de hauteur, et se rappeler surtout ce qu'il a fait de positif pour sa région et pour sa ville. Il faut garder le bon côté, le meilleur."
Avant : "J'ai été celui qui a demandé son exclusion du bureau du Parti socialiste suite à ses déclarations sur l'équipe de France de football, qui a été suivie par le bureau national. J'ai été le premier signataire d'une pétition", rappelait le porte-parole du PS en décembre 2009.
Après : "C'est un homme qui laissera une trace considérable", a déclaré Benoit Hamon, lundi matin sur Europe 1. "On retiendra que c'est d'abord un homme qui avait le souci du peuple (...) C'était un homme apprécié pour les combats, et pour ce qu'il laisse, c'est-à-dire des politiques au sens noble du terme qui ont changé la vie des gens"
Hélène Mandroux :
Avant : Rivale locale de George Frêche, la maire socialiste de Montpellier a subit une défaite écrasante (7,74% des voix au premier tour) aux dernières élections régionales face à l'Empereur du Languedoc-Roussillon. Dans "Maire courage", livre à paraître le 28 octobre, elle n'est évidemment pas tendre avec son ancien mentor : "Il y a du Machiavel en Georges Frêche. (Il a) construit un système de pouvoir fondé sur l'obéissance absolue. Qui n'est pas d'accord, qui prend un peu trop d'initiatives est éliminé, tôt ou tard". "Il a régné par la terreur, et les gens ont peur de lui, de ses réactions, de ses coups de gueule, de ses insultes, de ses humiliations". "Il a soif de pouvoir et confond pouvoir local et pouvoir absolu".
Après : "Maire de Montpellier de 1977 à 2004, il a marqué cette ville de son empreinte. Je suis atteinte comme le sont aussi les Montpelliéraines et les Montpelliérains, les habitants du Languedoc-Roussillon ainsi que toutes les personnes, élus ou salariés des différentes collectivités qui durant toutes ces années ont eu l'occasion de travailler à ses côtés.
Je rends hommage au grand maire qu'il a été et qui a aimé comme il le disait si souvent Montpellier par-dessus tout.
Je suis à Nagoya au Japon pour le Sommet Mondial des Villes pour la biodiversité et rentre de toute urgence à Montpellier".
Certains personnalités de gauche font tout de même preuve de cohérence dans leur jugement, comme Daniel Cohn-Bendit qui avait comparé il y a quelques mois Frêche à Mussolini, et a confirmé ce lundi : "Je maintiens que c'était un politique qui avait une manière d'agir et de faire qui était exécrable", a déclaré l'eurodéputé sur Europe 1.
Voir aussi : les citations de Georges Frêche
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco