
On n'en avait pas parlé sur ce blog, l'année dernière, mais la compagnie Air New Zealand avait fait parler d'elle avec un spot publicitaire montrant son staff plein de body painting de leurs uniformes. Message : on n'a rien à vous cacher. C'était pas mal, mais cette année, ils ont voulu se la jouer 2.0. Avec un concours demandant aux participants des photos d'eux avec leur cougar ou des amies cougars. Pour info : la cougar, c'est la femme de plus de 40 ans divorcée qui a le démon de midi, et se tape de préférence des jeunots. La vidéo de la campagne parodie les documentaires animaliers (le cougar étant l'autre nom du puma, vous suivez ?) avec des femmes dévoreuses de chair masculine, prêtes à en finir avec les meutes de jeunes hommes qui vont au pub.
Bon, il faut le chercher, le rapport avec Air New Zealand. Mais faut dire que le mot cougar est à la mode. La tendance n'est pas récente, puisqu'on parlait déjà de mariages entre femmes âgées et petits jeunes en 2003, on nous a rebattu les oreilles avec Demi Moore et Ashton Kutcher : à une époque qui adule la jeunesse, se montrer en public avec quelqu'un qui a la moitié de votre âge est devenu plus flatteur que honteux. En fait, l'amour intergénérationnel a suivi un long chemin avant qu'on ne vienne à parler des fameuses cougars. Et ça a encore un peu de mal à passer. Au début du commencement, il y avait les manthers. Contraction très anglaise des mots man + panther = manther, c'est l'homme d'âge mûr qui a gardé un certain charme, mais surtout, une jolie Ferrari pour faire la sortie des lycées et facs. Sûrement la version la plus généralement acceptée de celui qui a décidé de chasser sur les terres boutonneuses. Mais dans les années 70 commencent aussi à apparaître les mots plus spécifiques à la communauté gay. Comme chickenhawk, cité pour la première fois par le Time magazine en 1975 : un homme gay et âgé en recherche de "chickens" ou "twinks", des petits jeunes. La définition même du mot "pédéraste" mais aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, le mot a pas mal de connotations pédophiles (un peu beaucoup à cause de la NAMBLA). Tandis que le sugar daddy, la sugar mommy et son boy toy, sont clairement ensemble pour des raisons financières ("je t'entretiens, tu m'appartiens"). En fait, il y a pas mal de mots en anglais à l'esprit souvent très négatif pour ce genre de relations. La gold digger, ou "chercheuse d'or", qui se marie avec un vieux papy en espérant toucher le pactole quelques mois après la cérémonie. La jailbait, "l'appât de la prison", ou la jeune fille qui ne fait pas du tout ses 16 ans, qu'on se taperait bien si on ne doutait pas un peu quand même losqu'elle dit qu'elle a 21 ans. Il semble qu'on cherche toujours derrière la relation quelque chose de malsain pour nommer ouvertement quelque chose de sous-entendu. Comme le très franc MILF, dont Sarah Palin a sans doute beaucoup souffert. Mother I'd like to fuck, en deux mots, "tu as beau être la mère de mon pote, j'ai envie de te baiser". Reste finalement le très poétique May-december romance : l'histoire d'amour entre une personne âgée et une plus jeune, mais la vraie, la sincère. Comme dans les films, American Beauty ou Le Dernier tango à Paris. Celle qui existe, malgré les caricatures et la désapprobation de la société.