
Batteur de formation et activiste de la scène electro abstraite australienne, il signe avec Undo sa deuxième production au sein de la structure marseillaise BiP-HOp. Cet album qui fait, en quelque sorte, suite à un mini-cd sorti il y a deux ans, reprend les bases du design sonore que Healey avait mis en place pour la série Invalid Object sur le label irlandais Fält.
Cray, qui emprunte son nom de scène à un super-ordinateur, explore donc l'imperceptible et les intervalles du mouvement binaire. Telle une douce métaphore de l'erreur survenue au delà de la perfection technique, son projet s'accorde à mettre à nu les failles du numérique. Refusant les normes préétablies et les pratiques vides de toute interrogation, il esquisse une organisation partielle de l'imprévu. Impossible de masquer le processus, le réel prend le pas sur le virtuel. A l'aide de sons extirpés du quotidien, Healey insuffle des fragments de vie à son calculateur portable de prédilection.
Bruits factuels et dé-construction musicale se mêlent aux bleeps académiques pour créer un agencement toujours en composition provisoire. Entre electronica et musique concrète, Cray provoque, invoque la complainte de l'outil informatique. Il laisse libre court à l'introspection de son ordinateur domestique et à l'improvisation de l'instant. Des fragments de signaux mélodiques, reçus au hasard de ses mothersboard d'adoption, figent l'imperceptible pluralité des émotions pré-natales.
Undo perpétue l'édifice inconscient des nouveaux plasticiens du dysfonctionnement récurrent. Sans bouleverser les bases de la recherche digitale empirique, il vient se placer dans le peloton de tête des travaux qui rejettent la perfection numérique comme valeur d'autonomie autarcique. Pittoresque, intrigant, captivant Et si finalement l'homme descendait de la machine ?
Par l.rollin