
Pop folk song singer, réalisateur de courts métrages expérimentaux et DJ à ses heures, l'Américain Richard Swifta de la créativité revendre. "The best way to relax is to lie down on your bed and stretch out": a beau commencer par cet avertissement énoncé d'une voix apaisante, on avouera qu'il est difficile de réellement se détendre sur ses saynètes electroacoustiques oscillant entre krautrock et proto-ambient expérimental.
Car R/Swift, comme l'exprime parfaitement l'aspect usé de son CD, c'est surtout la science de la vieille technologie. Le souvenir d'une utopie technologique qui nous a fait rêver dans les années 70 et qui nous semble insignifiante et désuète aujourd'hui. Entièrement composé à l'aide de synthétiseurs analogiques, Music for Films of R/Swift s'aborde comme un hommage au Moog et à son plus grand interprète, le génial compositeur du fameux "Switched on Bach", [people rec="0"]Walter Carlos[/people], musicien né en 1941, qui deviendra [people rec="0"]Wendy Carlos[/people] après son opération en 1968. On pense aussi à [people rec="0"]Brian Eno[/people] et ses premières expériences ambient, quand ce n'est pas [people rec="0"]Kraftwerk[/people] pour le parfait "Inst" qui ouvre l'album. "Inst" qui est par ailleurs une nouvelle preuve des qualités de compositeur de Swift, tout en étant le seul morceau à gimmick de ce disque ovni.
Le reste n'est que sourdes vibrations, brumes de mélodies, percussions abstraites et micro-saturations. En un sens, Richard (Swift) fait penser à un autre Richard, D. James celui là (aka [people rec="0"]Aphex Twin[/people]). Hésitant entre electronica downtempo désossée (l'excellent "Shooting a Rhino Between The Shoulders", "Ghost of Hip hop"), ambient désincarné ("Subplot"), musique contemporaine lo-tech et déconceptualisée ("Plan A & Plan B", "Theme 5") et kosmische musik du pauvre ("War / Unwar", "Theme 3"), Music for Films of R/Swift s'affirme au fil des écoutes comme le genre de disque improbable qui ne vous quittera plus. Etonnant.

Par Théophile Pillault