Wilco, même pas au bureau

11/05/2007 - 13h10
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Wilco, même pas au bureau
L'auteur
Le Merrer Cédric
Cédric Le Merrer

Il y a une demande, bien compréhensible, pour une musique inoffensive, incolore et inodore pour les adultes responsables qui veulent quelque chose à écouter au bureau que leurs collègues tolèreront. C'est ce qui explique en grande partie le succès de Norah Jones ou de Moby. Wilco en a toujours été très éloigné, même avant que Jim O'Rourke y ammène toutes ses idées avant-gardistes, les sentiments dans la country, la folk et la pop relativement traditionnalistes des premiers albums du groupe étaient loin d'être apaisés, et les arrangements étaient toujours à la limite de l'écroulement, du bordel complet, un truc piqué chez les Replacements. Il n'y avait donc aucune raison pour que même après que Jim O'Rourke soit repartit avec ses idées Wilco se convertisse en groupe de rock pour bureaux, salle d'attentes et tous espaces publics. Même l'âge n'excuse pas tout. Sky Blue Sky me fait presque regretter d'avoir usé mes superlatifs catastrophistes à la catastrophe pour le dernier Modest Mouse, me fait même douter de mon envie d'aller assister à leur concert du Primavera Sound à Barcelone (où, normalement, je serais) alors que j'avais fait tant de route il y a quatre ans sans le regretter un instant rien que pour aller voir Wilco. J'éxagère sans doute un peu, peut-être parce que j'aime tant leur passé : il y a de bons moments dans Sky Blue Sky, surtout quand le phénoménal guitariste Nels Cline trouve la place où s'exprimer, même si cela ne se fait jamais sur un truc de dingue comme la rythmique Kraut de "Spiders (kidsmoke)". "You Are My Face" ne dérangera pas vos collègues, mais la chanson renferme quelques bonnes idées bien cachées, et le piano de "Either Way" est magnifique. Bon allez, "What Light" et "On And On And On" sont pas dégueu non plus, mais c'est pas folichon non plus. Je caricature aussi quand je laisse entendre que le groupe n'a jamais été du genre qu'on peut écouter au bureau : sur tous leurs albums il y avait de ces morceaux qui pourraient passer partout. Sauf qu'alors ils avaient une grâce qui manque cruellement à cette fade bouillie sonore qui ne prend même pas la peine d'être ratée correctement. Car si on peut pardonner à un artiste de se planter en visant trop haut, ou trop à côté, Jeff Tweedy vise trop bas. On dirait qu'il n'essaye même pas. Je n'ai pas trop suivi toute l'histoire de son addiction à différents médicaments, mais pour trouver une analogie clinique, ce disque ressemble à l'oeuvre d'un dépressif qui, après avoir connu une période de hauts et de bas toujours plus extrêmes prend maintenant bien sagement ses médicaments et n'est plus que l'ombre de ce qu'il était avant la maladie, un être au tempérament égal en toute circonstance. C'est sans doute mieux pour lui et son entourage, mais on ne peut pas dire qu'il soit de bonne compagnie. Et si vous avez besoin de ce genre de disque au bureau et que vous en avez marre de Norah Jones, M. Ward fait la même chose en bien.  Wilco - Sky Blue Sky (Nonesuch, mai 2007)

Par Cédric Le Merrer

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