Volta : Björk et les voyages organisés

15/05/2007 - 17h37
  • 0
Volta : Björk et les voyages organisés

De la pochette de ce nouvel album de Björk, on ne parlera qu'un instant pour dire qu'elle pourra aisément rivaliser avec celle du dernier album de Miossec pour le concours de fin d'année. Pourquoi diable vouloir à tout prix se déguiser en bouteille d'Orangina, quand on a un physique si agréable ? Quelle chapelle arty peut proposer une telle débauche de couleurs sans risquer la peine de mort ? En ouvrant le livret pour ôter le CD, tout un chacun se demandera néanmoins si la musique qu'elle abrite correspond ou non au contenant. Rassurez-vous, NON. Volta est meilleur que sa pochette mais... juste un peu meilleur. Pensé comme un album plus spontané (et sans doute plus pétillant) que les précédents, Volta se veut le reflet d'une Björk, qui après avoir joué l'introspection, se rouvre aux autres et au monde. Medulla était une occasion pour la chanteuse de penser sa propre voix (ou voie, au choix). Volta est une ode aux sources d'énergie qui innondent la musique, un hymne au "Wanderlust", deuxième titre de l'album, et vieille notion germanique qui renvoie à la soif de découverte, au goût du voyage. L'Islandaise a roulé sa bosse pour composer ces 10 nouveaux titres, pour absorber à sa manière habituelle, quelques influences et partenaires extérieurs : depuis les rythmiques africaines et la kora du Malien Toumani Diabate, jusqu'aux basses du producteur Timbaland, en passant par quelques grappes de musique asiatique sur le sexy (et pas très bon) "I See Who You Are" ou les vocalises d'un castra d'opéra, Volta transforme tout en énergie naturelle. Björk est une profanatrice de sépultures du calibre de Madonna mais qui n'oublie jamais de refermer les tombes en sortant. Du coup, personne ne râle et personne ne crie "Au voleur". Björk a, depuis Homogenic, imposé sa méthode qui consiste à faire poser sa voix incomparable (et qui navigue selon les cas entre le sublime et l'insupportable) dans des décors classieux bâtis à grand renfort d'électronica d'avant-garde, de new-age symphony, ou de world classique. Avec Volta, elle semble quitter définitivement le plancher des musiques traditionnelles pour une bulle faite de musique et de publicité, où se côtoient des sons, de la musique, des chansons mais aussi des images-concept.

Il n'est pas facile sur cet album de faire la part des choses et d'écouter les chansons sans se laisser pourrir l'esprit par des images de nature vierge, de féminité, des décors d'aéroports, de lofts hightech ou de magazines de mode. Volta porte les contradictions d'une époque qui élimine l'ancien monde (celui qui résiste dans un titre comme "Innocence") mais chante sa louange en permanence, un monde qui revendique un esprit de résistance et l'indépendance des Iles Féroé sur "Independance" ("Dont let them do that to you/ Raise your flag higher higher") mais enfante une sorte de soupe musique cosmopolite qui en est la négation par excellence. Volta alterne les titres sympathiques et relativement envoûtants, comme le joli et lugubre "Vertebrae By Vertebrae" aux boucles généreuses, ou l'efficace et politique "Earth Intruders", et des titres infects, roublards ou carrément ennuyeux ("Dull Flame Of Desire", dégoulinant, ou le creux et intimiste "My Juvenile"). L'esthétique panthéiste qui fonde l'art de l'Islandaise nous ramène, lorsqu'elle est enfouie sous tant de sophistication sonore - les albums de Björk ressemblent de plus en plus à des TP de producteurs qu'à des recueils de chansons - à une visite d'un établissement de type Nature et Découverte. L'ultrasincérité revendiquée (et vraisemblablement réelle) de l'art aboutit à un effet toc. L'intime débouche sur l'artificiel ; l'émotion sur un sentiment de rejet et de dégoût. Ce mouvement de recul est d'autant plus fort qu'on n'en finit pas de se laisser hypnotiser et envoûter par une voix qui n'a pas varié d'un cristal depuis les Sugarcubes. Du coup, on hésite entre se laisser appater, histoire de goûter au bonheur et au plein abandon, ou envoyer le tout valdinguer par principe.

 

Volta est une oeuvre d'art qui épate par la richesse de ses moyens et la profondeur de ses intentions, mais une oeuvre d'art dont on ne peut s'empêcher de remarquer chaque coup de pinceau et dont le motif a, à l'arrivée, le rendu exact d'une image de synthèse. "A force de trop chercher le Beau, on s'en éloigne", écrivait Guillaume Apollinaire. On est en plein dedans.

 

http://bjork.com

 

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Madonna, star maudite du cinéma
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship