Vic Chesnutt chez Constellation : Une rose dans le désert

03/09/2007 - 19h00
Vic Chesnutt chez Constellation : Une rose dans le désert
L'auteur
Grugier Maxence
Maxence Grugier
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Franchement, il est des albums qui méritent mieux que ces temps de superficialité et de tendances futiles, North Star Deserter de Vic Chesnutt est de ceux là. Album ample d'une générosité inouïe, North Star Deserter célèbre la rencontre de Vic Chesnutt et des musiciens de Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra and Tra-la-la Band, soit la fine fleur du label Constellation et l'un des meilleurs paroliers de l'americana contemporaine, réunis sous la houlette du réalisateur de film : Jem Cohen. Un réalisateur comme producteur ? Hé oui, les artistes ont parfois besoin de changer de casquette, c'est bien connu. Cohen s'en explique d'ailleurs en ces termes dans le livret de l'album :"J'avais besoin de faire ce disque avec Vic, une personne que je connais depuis plus de 20 ans, un ami dont le travail me touche plus que je ne serais le dire et avec qui j'avais envie de travailler depuis de longues années". Voilà pour la petite histoire, celle de sessions ferventes, enregistrées un certain hiver 2006 à l'Hotel2Tango de Montréal.

 

Concernant la musique proprement dite, c'est à la fois aussi simple et plus compliqué. Bien sûr il y a la poésie que Vic Chesnutt clame de sa voix cassée de baladin alcoolique (ce qu'il a longtemps été, et qu'il avoue sur son fameux album Drunk), ses métaphores teintées de religion ("Glossolalia"), ses histoires de villes abandonnées, ses constatations désabusées sur la vie, l'amour, le passé, la mémoire et la douleur existentielle. Et puis il y a l'accompagnement du Silver Mt. Zion Memorial Orchestra, tour à tour incandescent, tout de saturation et d'électricité (le mémorable "Everything I Say", "Splendid", le terrible "Debriefing"), intimiste et tout à l'écoute du chanteur ("Warm", "Wallace Stevens", le poignant "Fodder on Her Wings") quand ce n'est pas carrément d'une légèreté ahurissante (l'anthologique "You are Never Alone" accompagné du choeur du Tra-la-la Band). Sur North Star Deserter, les chansons de celles qui vous plaquent contre les murs pour mieux vous faire pleurer ensuite. On y retrouve la rage contenue typique des productions du groupe de Montréal, sans le bruitisme obsessionnel de leurs premiers enregistrements. Les musiciens savent se poser et offrir un espace d'expression au poète américain et s'accorde parfaitement aux ambiances de Chesnutt. North Star Deserter, est bel et bien une rencontre entre deux univers solidaires. Chesnutt comme les piliers de Constellation semblent animés d'idées communes et d'une vision complémentaire, si ce n'est similaire, du monde en général et de l'art en particulier. A bien réfléchir, et pour peu que l'on connaisse un peu leurs oeuvres respectives, on se dit que ces artistes ne pouvaient que se rencontrer. C'est aujourd'hui chose faîte et c'est tant mieux !

 

Vic Chesnutt - (Constellation/Differ-ant, août 2007)

 

Par Maxence Grugier

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