Une honorable déception Chez Domino, juillet 2008

11/08/2008 - 17h55
  • Partager sur :
  • 0
Avec son album Knowle West Boy, Tricky, la quarantaine rend hommage à son quartier d'enfance et affiche une nouvelle facette. Plus assagi, moins sombre, Tricky ne fait plus peur et a quelque peu perdu sa hargne d'antan sur cet album sous influences.

 

Tricky refile à l'anglaise

 

 

 

On l'a dit en présentant le premier single, "Council Estate", et quasiment meilleur titre de cet album : Tricky rentre au bercail. Après une pause américaine de quasiment dix ans, passée, entre autres, à faire l'acteur (on se souvient de son rôle mémorable dans le Le Cinquième élément), Adrian Thaws, à tout juste 40 ans, baptise son album du nom du quartier sordide où il a grandi, travaille avec l'ancien guitariste de [people rec="0"]Suede[/people], Bernard Butler et semble décider à réconcilier la face sombre et la face... moins sombre de son personnage pour relancer une carrière qui n'intéresse plus grand monde depuis l'album . Dans l'intervalle, Tricky qui avait fait les beaux jours du dark trip-hop (appelons ça comme ça) avait mis un peu trop d'eau dans son vin et quelque peu perdu la ligne claire avec (2001) et (2003) surtout.

 

 

 

Tricky patchwork

 

évolue bizarrement entre deux eaux, comme si l'ancien gourou performer au dos tourné et physique de boxeur qu'on allait voir en concert pour se faire peur et frissonner au son des basses avait décidé de faire face à ses contradictions sans tenter de les résoudre. Bye bye l'extrémisme électro, la hargne hip-hop. Bye Bye la guimauve, le rythm'n'cool et les donzelles aux gorges chaudes. On prend un peu de tout de ça et on ne mélange surtout pas. On... juxtapose. Ainsi Tricky met sur la table un panel d'influences qui, si elles accouchent la plupart du temps d'excellents titres, nuisent à l'homogénéité de l'album et à l'expression d'une unité d'intention. Knowle West Boy, dont le projet énoncé par l'artiste, est de rendre compte des différents univers dans lesquels a baigné le jeune Tricky souffre de ce manque d'unité et nous fait regretter le Tricky hargneux, habité et hanté de .

 

 

 

 

 

Dub Dub FouFou

 

Le titre d'ouverture nous offre un Tricky en freeride sur un piano macrobiotique. "Puppy Toy" est un sacré bon titre et ce qu'on attend de Tricky depuis toujours, une intransigeance formelle au service d'un propos brutal et sec comme le bois. La voix d'Alex Mills apporte ici exactement ce qu'on voulait : un contrepoint sensuel à la rudesse ambiante. "Bacative", et plus loin "Baligaga", proposent un mélange détonnant et clairement enthousiasmant de dub et de raggamuffin, qui témoigne d'une belle ouverture du spectre musical. Tricky aime cogner et cogner à coups de basses en particulier. Ses rythmes sont souvent les plus incisifs du marché, sans être trop crâneurs et sans perdre une sorte de résonance intime qui manque aux puristes du big beat. "Council Estate" est, par delà son contenu psychanalytique ("you can be who you be 'cos you're not who you are/remember boy you're a superstar"), un titre qui présente ces mêmes qualités : un son moderne qui sent la tragédie sur chaque note, mais un son étonnamment vivant et qui, par certains aspects, sait se montrer rassurant ou câlin, tout en restant punk.

 

 

 

 

 

Perdu par les femmes

 

Malheureusement, on perd cette complexité lorsque les filles débarquent en bandes pour minauder : "Joseph" sent le r'n'b bas de gamme et "Veronika" avec ses faux airs de "Black Steel" 2 n'emporte pas l'adhésion. "Past Mistake" avec [people rec="0"]Lubna[/people], une ex, au chant et la reprise (incongrue) du "Slow" de [people rec="0"]Kylie Minogue[/people] ne font guère mieux que nous faire tendre l'oreille. "C'mon Baby" est aussi indigent, dans l'autre sens, que le "Baby Come On" de [people rec="0"]Stephen Malkmus[/people] l'année passée. "Cross to bear" est trop lourd à porter pour nous. Tricky, qui avait collaboré, il y a quelques années, à un hommage à "Serge Gainsbourg" rec="0", sait bien sûr faire chanter les femmes mais ne les malmène plus assez pour que ses (belles) chansons aient un intérêt autre qu'anecdotique. "Far Away" et "School gates" sont un peu meilleurs avec leurs accents de franchise quasi country-acoustique mais ne nous retirent pas l'idée selon laquelle cet album aurait été bien meilleur si Tricky avait fait la majorité du boulot lui-même et pas dilué sa présence sous une foule d'invitées dispensables. Que les titres soient rock, hiphop ou soul, la multiplication des intervenants résonne tout de même un peu comme une dilution d'identité. "On achète Tricky. On veut Tricky", s'exclame la foule en manque, "pas [people rec="0"]Chimène Badi[/people]".

 

 

 

Au final, on déplorera que cet album écoutable manque de corps, de... Tricky et des grommellements effrayants qui le caractérisent. Tricky est encore bon à pendre mais un peu trop joueur à notre goût. On le préfère clairement punk et radical que lover en couleurs. Même plus peur !

 

 

 

 

Par Benjamin Berton
COMMENTAIRES
Connectez-vous en cliquant ici pour laisser un commentaire en utilisant votre pseudo. Si vous ne vous loguez pas, votre commentaire n'apparaîtra qu'en ANONYME.
    Toutes les rubriques
    • Cinéma
    • /
    • Société
    • /
    • Livres
    • /
    • Télé
    • /
    • Musique
    • /
    • Expos
    • /
    • Photos
    • /
    • Forum
    articles les + lus
    • Love Songs de Vanessa Paradis : le chef d’œuvre de la femme sans tain
    • Daft Punk – Random Access Memories : un rendez-vous manqué avec l’histoire
    • Daft Punk vs Soul Train : le mash up parfait
    • Parodie : un Top Chef presque parfait
    • Photos : découvrez le tuning sauce japonaise
    • Photos : sur le chemin de la morgue
    • Si la Terre avait des anneaux comme Saturne
    Les Derniers Tweets de Fluctuat