
Le 21 février 2012, des membres du collectif russe Pussy Riot se réunissent, à la Cathédrale St Sauveur de Moscou (haut lieu de la religion orthodoxe en Russie), devant quelques journalistes, pour exécuter une "prière punk". Quatre membres du groupe, en tenue criarde et visages dissimulés sous des balaclavas (cagoules), font leur entrée dans le lieu saint, direction l'autel, où ils gesticulent et sautillent le poing levé. Une manifestation du nom de “Mother of God, Chase Putin Away!” organisée pour exprimer leur mécontentement face au rapprochement opéré par Vladimir Poutine entre l'état et le pouvoir orthodoxe.
A quelques semaines des élections présidentielles, les Pussy Riot s’insèrent dans le mouvement des manifestations pacifiques qui ont mobilisé des milliers de Russes depuis fin 2011, mais en franchissant un seuil dans l'action politique, d’où le dernier recours, l'appel à la Vierge Marie ! La vidéo de leur "prière punk" mise en ligne sur Youtube a vite attiré les critiques de quelques membres de l’Église orthodoxe du pays, le soutien de quelques opposants, tout comme le respect de citoyens du monde entier... ainsi que des milliers de vues.

Les Pussy Riot sur l'autel de la Cathédrale St Sauveur de Moscou, le 21/02/2012 - © Mitya Aleshkovsky / PHOTOSHOT / UPPA / VISUAL Press Agency
Quelques semaines après et le lendemain de la réélection de Poutine, trois Pussy Riot sont arrêtés, non pas pour avoir troublé l'ordre public mais pour des actes de violence motivés par une hostilité à la religion, crime, qui en Russie, peuvent valoir de deux à sept ans de prison. Cinq mois après cette arrestation, Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Maria Alekhina (24 ans) et Ekaterina Samoutsevitch (29 ans) sont toujours détenues. Leur procès s'est ouvert fin juillet.
Un procès surréaliste
Les récits qui sont faits des audiences laissent voir le système judiciaire russe actuel sous un jour que l'on n'avait pas vu depuis des années. Nikolai Polozov, l'un des avocats des Pussy Riot n'hésitent pas à crier en pleine audience que "même au temps de l'ère soviétique, que même au temps de Staline, les tribunaux étaient plus honnêtes" dénonçant ainsi les vices de procédures évidents et le parti-pris du procureur. Ainsi, un correspondant du Guardian note que l'accusation a pu faire intervenir l'ensemble de ses propres témoins (dont certains, aussi étonnant que ça puisse paraître, n'étaient que de simples internautes qui avaient vu la vidéo de la prestation) tandis que la défense n'a pu faire entendre que trois de ses treize témoins. Ajoutez à cela un interrogatoire des plus aberrants (portant sur la foi orthodoxe des témoins appelés, d'autres sur la tenue des accusés), des déclarations des avocats de la défense qui évoquent des audiences longues de 10 heures parfois et des conditions de détention déplorables des trois accusées (torture, privation de sommeil et sous-alimentation) et vous avez là "un des procès les plus honteux de la Russie moderne" selon Polozov. Tout porte à croire à un procès de façade, non équitable, et dont l'issue est connue de tous.

Les trois membres des Pussy Riot lors du procès, le 08/08/2012 - © Aleshkovsky Mitya/Itar-Tass/ABACA
Trois ans requis
Au lieu des sept ans qui avaient été pressentis, c'est une peine de trois ans d’enfermement en camp d'internement, qui a été prononcée, mardi 7 août, par le procureur Alexeï Nikiforov. Une peine "allégée" qui tient compte du casier vierge des prévenues et du fait que deux d'entre elles sont mères de deux jeunes enfants. La juge, Marina Syrova, a déclaré aujourd'hui que le verdict serait prononcé le 17 août.
Un procès dont la Russie souhaite se défaire au plus vite mais qui n'a pas manqué d'alerter les médias étrangers, des membres des institutions politiques en Europe et des personnalités internationales. 120 députés du Bundestag (chambre basse du Parlement allemand) se sont adressés à l'ambassadeur de Russie à Berlin pour défendre la cause des trois femmes, Yoko Ono a interpellé Poutine sur Twitter et Madonna, Patti Smith, Jarvis Cocker ainsi que Pete Townshend se sont également ralliés à la cause Pussy Riot.
Par Lovely RitaFollow @_Lovely_Rita_