
Les réalisateurs se l'arrachent pour qu'il agrémente leurs images de morceaux de violon mélancolique et les filles se pâment sur ses instrumentaux lugubres. A écouter ses albums, on accordera au bonhomme la qualité rare de savoir créer des ambiances inquiétantes et suffisamment envoûtantes pour nous faire oublier que tout ceci ne vaut pas grand chose à côté d'un violon classique de Paganini ou de Nigel Kennedy (André Rieux ?). Sur ses terres de Bretagne, Tiersen avait donné l'an dernier lors des Transmusicales un concert exceptionnel auquel il avait convié sur l'invitation de notre Bernard Lenoir national quelques-uns de ses amis de passage (Dominique A, Bertrand Cantat de Noir Désir, les Têtes Raides et Neil Hannon de Divine Comedy).
Il fallait bien ça pour faire passer les ascendances tzigano-kusturiciennes des musiques du breton qui n'a ni l'inventivité, ni l'humour de Pascal Comelade. Les meilleurs moments du concert sont d'ailleurs les morceaux où Tiersen se fait discret et laisse la part belle aux voix. La reprise du Life on Mars de Bowie par Neil Hannon, qui, une fois n'est pas coutume, a laissé son orchestre à la maison, est une petite merveille de dépouillement. Dominique réussit une version intéressante des Bras de Mer tandis que Cantat s'embourbe un peu dans un très politiquement correct A ton Etoile qui louche (mal) du côté de chez Brel (La quête). Pour le reste, il faut aimer les Têtes Raides, le saucisson et la France des campagnes pour apprécier une Ginette entraînante (sans nous) ou s'extasier sur la voix sucrée de Françoiz Breut (qu'on préfère chez Dominique A).
Le maître de cérémonie s'autorise une petite saillie glorieuse sur la Terrasse à rapprocher des essais transformés de Dominique A sur la Fossette mais dans un créneau qui n'intéresse plus grand monde aujourd'hui. Mathieu Boogaerts qui conclut l'album est toujours aussi indigent quand il n'a pas Dick Annegarn à ses côtés. Les instrumentaux sont à faire pleurer d'ennui entre Marin Maret et les Gipsy Kings. Les spectateurs ont beau frapper des mains, la vraie musique est ailleurs et John Zorn peut dormir tranquille dans le champ de l'expérimentation frénétique.
L'ensemble donc n'est pas désagréable et vaut plutôt mieux que l'oeuvre solo du gaillard. Le disque vous permettra de parler un peu de Tiersen avec vos amis sans vous infliger l'écoute de ses bande-sons. La morale est que les bons concerts (et on ne doute pas que celui a ravi les auditeurs de France Inter et des Trans) ne font pas toujours de bons lives. On préférera dans la collection des Black Sessions se reporter à celle de Frank Black enregistrée il y a quelques années maintenant et toujours disponible.
Par Myosotis