
Ça n’est un secret pour personne depuis Chain Gang of Love, leur premier album, et plus encore Pretty in Black, les Danois Sune Rose Wagner et Sharin Foo sont deux archivistes obsessionnels qui n’aiment rien mieux que de rendre hommage à la pop neurasthénique de leurs glorieux ainés. Des stridences du premier Jesus & Mary Chain, aux compositions les plus mélancoliques des Byrds, sans oublier les symphonies adolescentes torturées de Phil Spector ou les hymnes revêches du Velvet Underground, l’héritage de The Raveonettes n’est pas facile à porter. Il n’empêche que ces deux là sont parfaits dans l’exercice consistant à faire revivre le son et la mythologie d’une certaine pop, celle qui préfère l’ombre à la lumière.
En l’occurrence, si l’esthétique du clip de "The Enemy" - second titre extrait après le déjà très émouvant "She Owns the Streets" - s’inscrit plutôt dans le contexte d’un psychédélisme bariolé et brumeux, Observator lui, est bel et bien une perle noire. Ce n’est pas la moindre qualité de cet album au classicisme assumé, d’avoir été enregistré on "the sunny side of the world", soit dans le mythique Sunset Sound studio situé sur Sunset Boulevard à Hollywood, Los Angeles, cité des Anges. A l’écoute de "The Enemy" on l’aura compris, il s’agit plutôt des anges perdus. C’est d’ailleurs durant la convalescence d’une dépression finissante que Sharin Foo, moitié féminine du duo, a eu l’idée de travailler dans le studio qui vit les créations originales des bandes sons de tous les classiques de Walt Disney, pour finir par accueillir les Rolling Stones d’Exile on Main Street, les Doors de Strange Days ou les Beach Boys de Pet Sounds. Sharin Foo s’en explique d’ailleurs à sa manière poétique et triste dans une excellent making-off de l’album, visible sur YouTube en plusieurs parties.
Plein d’une langueur toute nordique, les Danois expliquent leur fascination pour les mythes d’un L.A. fantasmé, et leur découverte lucide d’une toute autre réalité. Pour la postérité, restera "The Enemy", un titre etObservator, un magnifique album hanté par de grands grands bonshommes, sur lequel le duo de Copenhague réussi à faire de l'ombre sur un disque capté au soleil Los Angeles, célébrant ainsi une bonne partie de la légende sombre Californienne, de Charles Manson, au Dahlia Noir, en passant par la fin tragique de Phil Spector et la décadence de toute une époque, le tout sur fond de dépression, d’harmonie et de riffs indémodables.
Par Maxence GrugierFollow @MaxenceGrugier