
Petite séance de vocabulaire. "Motorik" en allemand désigne le son répétitif, parfois hypnotique et souvent psychiquement excitant, de certaines formations du krautrock allemand des 70's. C'est par exemple le jeu de batterie caractéristique du batteur de Can, Jackie Liebezeit, ou les rythmes saccadés des compositions de Neu! ou de Faust sur leur album So Far. Vocabulaire, suite : Un "edit" désigne le résultat d'un re-editing, une technique dérivée des expériences des DJ new yorkais de la fin des années 70, qui oeuvraient au Paradise Garage ou au Loft, et découpaient méticuleusement le groove en tranches sur des morceaux funk, soul ou disco originaux pour les transformer en version extended play, ou "version longue". Assez longues en tout cas, pour faire danser le public jusqu'au bout de la nuit. Qui rallongeait la partie rythmique, qui ajoutait des effets, qui encore, rajoutait des beat. L'edit n'est donc pas à proprement parlé un "remix", rien n'est vraiment ajouté au morceau qui n'existait déjà sur le titre original. Le producteur ne fait qu'allonger la durée afin de générer une ambiance propice à la transe et la danse, tout en restant très cérébral.
Ce rythme si particulier, c'est justement celui qu'affectionne le Français Pilooski, "l'éditeur venu de l'est" comme le nommait à juste titre, Philippe Azoury, mon collègue de Tsugi, le mois dernier (Cédric Pilooski, puisque c'est son vrai nom, ayant des origines polonaises). De fait, qu'il s'agisse de Prince ou d'Alan Parsons Project, chaque morceau approché par Pilooski semble soudain avoir été écrit et composé par Can, ou Suicide. C'est particulièrement évident sur cette compilation à tirage limitée (1000 exemplaires en tout et pour tout) qui réunit une partie des maxis collectors du Français. Sur Dirty Edits vol. 1, on retrouve sa version du "Send Him Back" joyeusement frénétique des The Pointer Sisters, quelques interludes poétiques et étranges. Un cut de la "La Nuit du Chasseur" en intro, classe. "Le Petit Chevalier" une comptine parfaitement glaçante, ou l'inénarrable reprise de "Black Hole Sun" de Soundgarden, "Franck Sinatra-isée" par Steve and Eydie, mais surtout, des edits cultes du signor Pilooski, comme son travail sur "The Brain of Oscar Panizza" de Michael Bundt, un morceau rendu véritablement cosmique dans une total défonce krautrock, tout comme le "I Robot" d'Alan Parsons ou le "Get Up" du funkateer Edwin Star où l'on croirait entendre Alan Vega jammant avec James Brown ! Bien évidemment, Pilooski ne pouvait pas ignorer Can, et quand il s'attaque à "Mothersky", ses guitares suraiguës (la cinquième minute, gniiiiii !!), ses toms en furies, c'est véritablement l'heart attack qui nous guette ! Pour finir, l'album offre une version à la fois émouvante et hilarante de "The Wicked Game" de Chris Isaac par Les Reines Prochaines. Si vous ne connaissiez pas, c'est le moment de vous y mettre. Bref, il n'y a rien à jeter sur ce volume 1 des Dirty Edits et ceux qui s'étaient rués sur les maxis vinyles avant tout le monde le savent bien. Les autres devraient se dépêcher, il n'y en aura pas pour tout le monde. Quant à nous, on attend la suite avec impatience...
A propos, surveillez avec attention le profil myspace du bonhomme pour écouter ses nouveau travaux souvent proposés en ligne en avant première, et taper "Pilooski" sur le site Hype Machine qui répertorie tous les blogs musicaux qui proposent gratuitement ses édits.
Pilooski - Dirty Edits Vol.1 (Tigersushi/Discograph)
Par Maxence