Surfin' U.S.A.

09/04/2010 - 16h07
Surfin' U.S.A.
Attendu comme le Messie -; mais avec une bonne dose de fébrilité - le second opus de la doublette new-yorkaise surprend. Beaucoup. Congratulations ne contient aucun tube et pourtant, il écrase son prédécesseur en qualité et en psychédélisme. Nullement hype, planant, les MGMT ont réussi à ressusciter les Beach Boys. Déjà un classique.  

Trois ans auparavant, il était de bon ton d'encenser chaque groupe émergent dont les membres, forcément faméliques, tout en cheveux et habillés de peaux de bête pseudo baba-cool ou d'oripeaux fluos, avaient 19 piges de moyenne d'âge. Les Klaxons obtenaient un Mercury Prize, les MGMT devenaient des références musicales incontournables, les Passion Pit étaient portés aux nues par la jeunesse indie. Sauf que depuis, mes premiers se sont révélés incapables de pondre un second album digne de ce nom, mes seconds infoutus de livrer des prestations scéniques correctes et mes troisièmes... Qui se souvient encore d'eux ? Qu'à cela ne tienne, les compères Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser ont refusé de se reposer sur leurs lauriers en platine ( à été LE carton de 2008) et se sont remis au charbon dès le début de l'année 2009, toujours assistés de Dave Fridmann (producteur des Flaming Lips) et du petit nouveau Pete Kember alias Sonic Boom, transfuge des Spacemen 3. Celui-ci, déjà fortement influencé par les Beach Boys aux heures de gloire des Spacemen, a apporté au duo une dose de psychédélisme supplémentaire, à la fois mélancolique et élégante, mais aussi plus minimaliste - sans pour autant parler de sobriété.

La pochette cartoonisante façon "Sonic le hérisson" pourrait laisser présager le pire, mais il n'en est rien. Elle ne reflète - heureusement - pas le contenu de , qui démarre avec un "It's Working" tonitruant, avec une intro faussement rockab' que Phoenix n'aurait pas reniée, et des envolées baroques (est-ce bien un clavecin que l'on entend ?) jouissives. Une chanson qui, à l'image du premier morceau ayant filtré dès le mois de février, le patchwork sonore "Flash Delirium", n'a rien d'un tube en puissance. Congratulations est un album complet et complexe, fruit d'un travail certainement très sérieux, truffé de références aux groupes anglo-saxons cultes des années 60-70, Beach Boys, Velvet Underground, Queen et Roxy Music en tête. Pas de singles stars donc comme "Time To Pretend" ou "Kids", mais neuf titres extrêmement aboutis et euphorisants à souhait.

 

Relevant avec brio le défi du second album sur lequel bien des concurrents se sont cassés les quenottes, les deux compères ont construit une oeuvre de pop-psyché pure et dure, faussement bordélique de surcroît. On en oublierait même que, à la base, Andrew et Ben ont les voix nasales les plus irritantes qui soient : les envolées vocales furibardes de "Flash Delirium" feraient verdir de jalousie le regretté Freddie Mercury qui n'aura pas fait mieux sur "Bohemian Rhapsody". Le pont chant-guitare de "Siberian Breaks" (12 minutes qui passent comme lettre à la poste) ferait presque pleurer tellement il est touchant de mélancolie (esprit de Syd Barrett, es-tu là ?), avant de se noyer dans des nappes de synthés hallucinatoires. L'instrumental "Lady Dada's Nightmare" et sa batterie étouffée très 80's tire brillamment son épingle du jeu, apportant un peu de quiétude dans l'univers sautillant proposé par les MGMT. Et que dire du rigolard "Brian Eno" et de ses claviers foutraques de musique pour train fantôme ? Grandiloquent, régressif, ultra jouissif. Terminons avec "Song for Dan Treacy", hommage déguisé au leader des Television Personalities, véritable morceau de bravoure, sans doute le meilleur de l'album, si tant est que l'on puisse en choisir un.

 

Une question se pose à la fin de ces 45 minutes de joie intense : comment peut-on produire un album qui soit juste l'inverse de celui sorti deux ans plus tôt ? Car s'il est difficile de décrire les sensations éprouvées à l'écoute de Congratulations, on peut en dire simplement qu'il est un anti-. L'opus porte en tout cas bien son nom, puisque Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser nous ont livré là un chef d'oeuvre pop comme on n'a jamais osé en rêver. Les applaudissements entendus à la toute fin du dernier morceau éponyme sont très amplement mérités. Congratulations fera date.

 

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