
Fondé par le DJ et producteur californien Peanut Butter Wolf au milieu des années 90 sur les bases d'un hip-hop partagé entre respect des racines et expérimentations azimutées, Stones Throw s'inscrit depuis quelques années dans une démarche d'ouverture et de mélange des genres aussi saisissante que jouissive. Une politique qui ferait presque croire à une possible renaissance d'un état d'esprit qui avait cours dans les années 70, où les barrières entre underground et grand public s'effondraient pour ne laisser la place qu'à l'expérience musicale. Fort des acquis accumulés suite aux premières et déjà brillantes productions de ses poulains originaux, MF Doom et Madlib, bidouilleurs de génie et alchimistes aventureux, Chris Manak, plus connu sous le pseudonyme de Peanut Butter Wolf lâche la bride de son label et laisse aujourd'hui libre cours à la créativité la plus débridée, sortant coup sur coup des artistes aussi différents qu'Aloe Blacc, [people_restrictif id=29053]Mayer Hawthorne and The County]Mayer Hawthorne[/people_restrictif], The Stepkids, James Pants ou dernièrement Jonti.{Peanut Butter Wolf}Un label de qualitéOn a souvent dit que seules les musiciens indépendants oeuvrant dans leur coin sont à même d'accoucher d'albums étranges à même de devenir des disques cultes, ou tout simplement de représenter ce qui existe de plus respectable en musique. En tant que label indépendant, Stones Throw, prouve régulièrement le contraire en signant des musiciens de studios professionnels (c'est le cas de The Stepkids, qui accompagnent régulièrement Lauryn Hill et Alicia Keys, ou encore de Jonti, musicien pour Mark Ronson[people_restrictif] ou [people_restrictif]Sean Lennon) capables de s'exprimer de manière extrêmement personnelle dans des champs proches des grands pionniers expérimentaux que furent Joe Meek ou Bruce Haack. Cette approche d'ouverture sans complexe, accompagnée d'une véritable direction artistique, fait de Stones Throw une exception. En plus de l'indiscutable qualité de ses signatures, le label profite d'une identité visuelle indéniablement soignée. Qu'il s'agisse de l'objet musical (la diversité des supports proposés, le respect du vinyle, les sorties sous forme de double album, de box sets ou d'éditions limitées), ou d'initiatives originales visant à capter le public avec objet unique (comme c'est le cas dans la série "Direct to Disc", qui propose d'acquérir la capture live, directement en vinyle des artistes du label). Une démarche qui fait bénéficier les productions Stones Throw d'un véritable "label de qualité", imposant la structure comme un mètre étalon dans son genre. Ecouter Mayer Hawthorne - Maybe So/Gangsta Luv (Live at Direct to Disc #1) by stonesthrowUne maison de plus en plus ouverte aux musiques hors hip-hopLe hip-hop américain a toujours été une question d'érudition et de partage. Son histoire est en effet autant une question d'emprunts faits aux autres musiques, qu'aux nombreuses innovations techniques dont il est à l'origine (rap, scratch, phasing, cut, sampling, etc.), et ce, depuis les origines. En 1980, le godfather du hip-hop new-yorkais, Afrika Bambaataa, n'hésitait pas lui, à sampler les Allemands de Kraftwerk dans son titre {"
"} ! Il n'est donc pas réellement étonnant de voir un label contemporain étiqueté hip-hop comme Stones Throw s'ouvrir à la new wave et au krautrock en signant James Pants, ou en sortant à la surprise générale le premier volume de la compilation {Minimal Wave} ({The Minimal Wave Tapes Volume One}) en 2010. Idem pour l'amour du psyché-rock affiché par le fondateur du label et ses coéquipiers Madlib et MF Doom, qui aboutit cette année à la découverte de The Stepkids, trois lutins de studios pour grosses pointures du show bizz, à l'origine avec leur album éponyme d'un des coups de coeurs de l'année. La passion va même parfois chercher plus loin encore, puisque Peanut Butter Wolf ira jusqu'à rendre hommage à Bruce Haack, musicien électroacoustique du début des 60's, avec {The Electric Voice} en 2010. Une approche transversale de l'histoire de la musique qui ne fait qu'enrichir un genre déjà propice à toutes les mutations et font de Stones Throw, LE grand label crossover du moment.Une structure qui fait bouger le hip-hopOr de ces références extra-hip-hop, Stones Throw est de toute façon un label d'exception dans sa catégorie, et ce, depuis le début. Qu'il s'agisse des productions maisons du patron (de My Vinyl Weighs A Ton au Big Shots de Charizma & Peanut Butter Wolf, en passant par Badmeaninggood - Ultimate Dilemma), ou de celles de ses comparses indéboulonnables, Otis Jackson alias Madlib (aussi connu sous le pseudo Quasimoto) et Daniel Dumile (répondant également au surnom de King Geedorah et Victor Vaughn) unis sous la bannière Madvillain, le hip-hop chez Stones Throw est une affaire d'expérimentations. Collages, samples, vaporisation rythmique, emprunts aux recettes dub et psychédéliques, font des productions Stones Throw une source inépuisable de bonheur pour les érudits et tout ceux qui trouvent que le hip-hop tourne parfois en rond. Au milieu de ces pépites, Peanut Butter Wolf ne cache pas non plus son admiration pour les grands du genre. C'est le cas quand il réédite les oeuvres de Jay Dee/J Dilla, beatmaker devant l'éternel, malheureusement disparu en 2006. Ca l'est aussi quand il sort les disques de Dâm-Funk qui réactualisent la mythologie hip-hop des 80's. Moins connu que Dr Dre ou Jay Z, les productions purement hip-hop de Stones Throw apportent pourtant un vent de folie et un air singulièrement frais au sein d'un genre plus tout jeune, partagé entre grosses machines et traditions canoniques. Les gros coups de Stones ThrowOn l'a vu, toute l'intelligence d'un label comme Stones Throw tient en un mot : ouverture. Et qui dit ouverture, dit également reconnaissance. Reconnaître que l'on aime la musique, toutes les musiques, même celles qui font chanter, dodeliner bêtement de la tête, et font tout simplement plaisir. 2010 sera donc l'année de la reconnaissance pour Stones Throw, celle des valeurs sus-citées, et celle du grand public qui portera par exemple Aloe Blacc et son titre {"
"} (également générique de la série {How to Make It in America} diffusée par HBO) au sommet des charts avec plus de 51 839 exemplaires vendus. Ce musicien jusqu'alors peu connu, chanteur soul et rappeur de 32 ans originaire du Panama, se retrouve au premier plan, embarquant avec lui un label jusqu'alors underground qui n'en demandait pas tant. Mais qui ne boude pas son plaisir non plus ! Un succès peut-être préparé par le {} de Mayer Hawthorne, l'autre soulman du label, paru en 2009. C'est l'autre grosse sortie Stones Throw (toutes proportions gardées, les ventes n'atteignant pas celles de son successeur). Avec ces deux disques, Stones Throw s'ouvre encore un peu plus. Et cette fois, c'est aux sirènes du music business (Hawthorne quittera d'ailleurs le label californien pour Universal Republic en 2011). Ces deux succès introduiront ce qui n'était au départ qu'un petit label indé de la côte Ouest, dans la catégorie des structures qui comptent. Stones Throw prouve ainsi une nouvelle fois que la réussite est aussi une histoire de sincérité et de passion.Stones Throw ou l'envie de partager la musiqueUne autre particularité fait de Stones Throw un label d'exception : sa générosité et sa stratégie de communication, qui ne sont en fait, qu'une seule et même chose. En vrais passionnés de musique, le label et son fondateur se posent comme passeurs. Grâce à leurs productions et l'ouverture de leur univers musical on l'a déjà dit, mais surtout grâce à leur stratégie web 2.0, et la façon dont il font participer leurs fans. Sur le site tout est mis en place pour maximiser la communication entre fans et administrateur. Avec les désormais classiques MySpace, Facebook, Youtube et Twitter bien évidemment, mais aussi sur les nombreux forums et message boards à disposition. Le public envoie ses souhaits, pose des questions, s'informe sur les prochaines sorties. Les news concernant les concerts, les sorties de clips, les parutions de EP et d'albums sont régulièrement mises à jour. Le label crée également d'hilarantes petites vidéos didactiques sur l'univers de Stones Throw, proposant aussi des prises live de ses artistes. Enfin, Stones Throw s'est fait largement connaître pour la qualité et la fréquence de ses podcasts, ainsi que par l'offre de mp3 gratuits, mettant en avant les sorties de ses artistes et offrant parfois des titres inédits. Le label, quasiment né avec l'essor du web, s'inscrivant ainsi dans la dynamique générationnelle du temps réel, du participatif et de l'enrichissement de la fan-base. Stones Throw, ici comme ailleurs, est en tout point un label au dynamisme unique, en phase avec son public. Il mérite bien, pour cela et pour la qualité de sa production, le titre de " label de l'année".Voir ce mini-documentaire (sous-titré en français) sur le label