
Le label Soul Jazz, fondé par Stuart Baker en 1992, "parle en langues". Dans un cadre religieux, cette expression est employée pour désigner une personne soudainement capable de parler toutes les langues existantes sur cette planète, et même d'autres, totalement inconnues. Ce phénomène aussi appelé "glossolalie" est particulièrement opérant dans les moments de transe. "Parler toutes les langues existantes", tous les langages musicaux, ou tout du moins les plus intéressants, c'est exactement ce que fait ce curieux label anglais basé à Londres. Du reggae dub le plus traditionnel (mais toujours novateur) aux dernières mutations dubstep, du free jazz éthiopien à l'avant-garde No Wave new-yorkaise de 1978 à 1988, en passant par les expérimentations bruitistes les plus extrêmes et les pièces électroniques finement ciselées de producteurs contemporains, sans oublier les multiples mutations post-punk, new wave, pop ou disco des origines à nos jours, Soul Jazz explore le large spectre de la musique du monde, dans le sens contemporain, urbain et pertinent du terme, depuis près de 15 ans. Et comme la musique vivante se joue dans les clubs, Soul Jazz a inauguré il y a deux ans une série de singles réunis ici sous la forme d'un double CD bourré jusqu'à la gueule de pépites dansantes, trépidantes et rêveuses.
Imaginez la radio idéale compilée sur deux CD de plus de 77 minutes chacun (mode random conseillé) et vous avez, peu ou prou, une idée juste de ce que donne Soul Jazz Singles. Une sélection hyper éclectique donc, qui relie le post-funk d'ESG (le fameux "Insane") à l'electronica de Kit Clayton, le space disco tout en arpegiatos de Subway (le tunnel motorick de "Sattelites" et la saga cosmique de "44110"), l'incroyable reprise de "I Will Survive" malicieusement glissée au sein du ragga "Dem a Bomb We" par les filles Ladybug, les clicks et les cut housey de Sutekh ("Kill The Monkey"), le trip hop jazzy de Soul 223, l'acid house de Capracara (excellent "Opal Ruch"), l'electro classic de Private Lives, le funk'n'dub de Mathias Aguayo ("Uno"), etc. Comme la passion originelle de Soul Jazz est avant tout le reggae et le dub (le label tourne d'ailleurs dans le monde entier sous le forme d'un sound system), il était évident de voir Stuart Baker, son patron, se pencher sur le cas dubstep. C'est pourquoi on retrouve également ici la crème du genre, Digital Mystikz, Kode 9 et Skream. Soul Jazz s'est d'ailleurs fendu de deux fameux volumes explorant le sujet, Box of Dub (sous titré "dubstep and future dub") mais c'est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons bientôt. Stay tuned !
V/A - Soul Jazz Singles (Soul Jazz/Discograph)
http://www.myspace.com/souljazzrecords
Par Maxence