
Trent Reznor avait été le premier à annoncer son intention d'imiter Radiohead et de publier les prochains albums de Nine Inch Nails directement sur le site du groupe. Ma première pensée fut : "super, on aura un autre album vendu à la In Rainbows en 2012, alors". On n'aura peut-être pas de nouveau NIN avant ça, mais à peine quelque jours après, était annoncée la sortie de The Inevitable Rise & Liberation Of Niggy Tardust, nouvel album de Saul Williams sur lequel Reznor aurait, nous a-t-on dit, beaucoup, beaucoup bossé.
Depuis Halloween l'album est disponible au téléchargement sur Niggytardust.com et nulle part ailleurs (a priori, il n'y aura pas de sortie "classique" comme pour In Rainbows). Vous pouvez choisir de payer cinq dollars (soit 3,45 euros à l'heure où je vous parle. Une misère, quoi.) pour le télécharger soit en mp3 d'une qualité supérieure à ceux de Radiohead soit en FLAC (fichiers compressés de qualité CD) ou bien choisir de ne rien payer et n'avoir "que" le choix des mp3. Dans les deux cas vous aurez aussi un PDF contenant l'artwork de l'album. La démarche semble un peu mieux pensée que celle de Radiohead (qui essuyait les plâtres, évidemment).

Ce qui saute aux oreilles à la première écoute, c'est le degré d'implication de Reznor. Il chante sur de nombreux morceaux, des guitares estampillées NIN s'entendent presque sur tout l'album, ainsi que des nappes de synthés et même quelques samples de vieux morceaux de The Fragile. Passé le choc de la première écoute on se rend compte que Williams a bien du faire quelques trucs sur son album mais le fait est que Niggy Tardust sonne comme du NIN jusque dans l'allusion à Bowie de son titre. La bonne nouvelle c'est que le résultat est beaucoup plus satisfaisant que Year Zero ou presque tous les disques que Reznor a jamais touché. Celui-ci n'a jamais réussi à dépasser les obsessions masochistes de ses débuts alors que depuis sa transformation en rock star en 1994, elles avaient de moins en moins d'objet. Sur son dernier album il en était à inventer un futur cyberpunk pour y trouver l'oppression qui lui manquait. En s'associant à Williams, il s'associe à des siècles de persécutions des noirs américain. Tant de souffrance semble lui avoir donné des ailes et Niggy Tardust est une merveille sonore. L'espace dans ces morceaux est utilisé avec un talent à faire rougir Philippe Demougeot et la richesse des textures employées ferait ramer une Playstation 3.
Saul Williams n'est ni un très bon chanteur, ni un très bon rappeur mais avec l'assistance de Reznor au chant, il est enfin parvenu à faire rentrer ses slams dans un contexte musical en alternant les trois disciplines (quatre même, si on compte le peu de beatbowing qu'il pratique en plus du slam, du rap et du chant). On a toujours l'impression qu'il nous frappe la tête de ses mots mais il ne le fait que par doses suffisament réduites pour être digestes. Williams se pose en sauveur des âmes des jeunes noirs américains. Il pourrait être une caricature de "rappeur conscient" et il est certainement suffisamment paternaliste pour ça mais sa maîtrise du langage est telle qu'on accepterait n'importe quoi de sa part. Avec mes habitudes de radin, j'ai téléchargé l'album gratuitement. Deux jours après, j'ai téléchargés les FLAC pour cinq dollars et, si on m'avait demandé mon avis, j'aurais donné plus.
Saul Williams - (nov 2007)
Par Cédric Le Merrer Follow @GoldfishFight