
Alors qu'une foule de productions standardisées nous font parfois penser qu'il y a de moins en moins de raison de réellement s'enthousiasmer pour la techno, le troisième album du Brésilien Gui Boratto vient à point nommé pour nous prouver que nous avions tort. Pas la peine de s'en faire pour le genre roi des dancefloors, il trouvera toujours des artistes hors-normes pour retomber sur ses (deux) pieds. Audacieux, ambitieux et en tout points original, est une nouvelle preuve du talent du Brésilien, ainsi que l'oeuvre d'un producteur au parcours unique. Illustration en trois points (évidemment).
Avec Gui Boratto la techno prend un coup de jeune
Une fois n'est pas coutume, les producteurs contemporains redonnent de la couleur à la musique dédiée au club et au dancefloor en apportant dans leurs bagages d'autres sons, d'autres tons. C'était le cas de Damian Lazarus avec son quatrième mix album psychédélique pour la série Get Lost. C'est également le cas de Gui Boratto avec son nouvel album. En l'occurrence, la force de Boratto, c'est aussi d'être musicien. En plus d'avoir travaillé dans la pub, étudié l'architecture et le design à Sau Paulo, le Brésilien s'est aussi vu propulser producteur pop/rock dans son pays d'origine (notamment avec son travail pour Steel Pulse) en travaillant pour d'énormes majors comme BMG ou EMI. Cet aspect de sa carrière, en plus d'un vrai amour pour des musiques n'ayant rien à voir avec l'électro, font que ses productions sonnent réellement différemment, offrant un large spectre sonore, s'approchant du shoegazing (dont nous parlions récemment comme venant sauver la techno), de la pop (grâce à la voix de sa compagne Luciana Villanova) ou de la new wave. Mieux, en dehors de ses références extérieures au genre dansant qui nous préoccupe ici, les productions même de Boratto, le choix de ses sons, son travail en studio, fait que sa musique sonne véritablement "autre". C'est évident sur "Galuchat" titre exemplaire qui ouvre III, comme sur la plupart des morceaux qui compose ce nouvel album, même les plus électros.
Gui Boratto donne envie d'écouter d'autres musiques
Sur III, Boratto fait la part belle aux vocaux, et se rapproche donc une nouvelle fois de la pop et des musiques situées hors de la sphère techno. Il y a d'abord "Stricker" dont certains vous diront qu'il leur rappelle la rythmique si particulière du groupe Echo and The Bunymmen de Ian McCulloch, qui est aussi un des groupes favoris du Brésilien, mais aussi le bien nommé "This is not the End" porté par la voix de Villanova, qui s'impose comme le successeur assuré de "Beautifull Life", le chef d'oeuvre de son premier album . Sur "Soledad", Boratto rend aussi hommage à Astor Piazzola, tout en réussissant un clin d'oeil au "Save A Prayer" de Duran Duran. De la new wave au bandonéon d'un fameux compositeur argentin, il y a un continent pourrait-on dire. Pour Gui Boratto, il n'y a qu'un pas ! C'est cette heureuse absence d'inhibition qui fait de la musique de ce passionné une création totalement originale, tout en s'inscrivant dans la tradition de nombreux genres musicaux du passé. Cela vaut également pour la techno et ses racines, bien évidemment, car il ne faut pas oublier que III est avant tout un grand album techno, et peut-être même LE disque électro de la rentrée, sur lequel le producteur de Sao Paulo ne se prive de nous assommer de mélodies virevoltantes ou de montées progressives à vous péter les rotules !
III est certainement le meilleur album de Gui Boratto
Pour conclure on dira que ce disque, qui est l'un des plus attendus de septembre, reprend là où logiquement Chromophobia, son premier album chez les Allemands de Kompakt, aurait du le mener. Plus hétérogène et pourtant tout aussi cohérent que son prédécesseur, le moins convainquant Take My Breath Away qui n'affichait pas sa diversité ni sa cohérence, III est une pièce ouverte, dans laquelle s'invite une plus grande créativité. Du plus électro au plus pop, Boratto construit sa musique, comme un architecte, rappelant en cela un autre Brésilien mutant, Amon Tobin, dont les constructions sonores cinématiques et en constante évolution s'avèrent tout aussi inclassables. Comme Tobin, mais surtout comme ses pairs, les James Holden, Fairmont, Pantha du Prince ou encore Apparat (et en général toute la nouvelle génération de producteurs tech-house à tendance prog-druggy-trancey-electronica), Boratto aime la transe quand elle est pop, l'ambient qui fait planer, les hymnes à chanter, mais surtout, surtout, comme eux, le Brésilien mérite amplement les superlatifs constamment accolés à son nom. Avec III, on n'a pas peur de le dire, le Brésilien accouche d'un son unique et d'un album parfait pour se remettre en selle à la rentrée.
Par Théophile Pillault